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Quelles batteries pour la France et l’Europe ?

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L’électricité est appelée à jouer un rôle essentiel dans la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre en se substituant aux énergies fossiles dans de nombreux secteurs mais c’est une énergie volatile et sa progression dépend donc en grande partie du développement et de l’utilisation accrue des batteries. Ghislain Lescuyer, Directeur général du fabricant de batteries Saft et Président du Conseil d’Administration d’ACC (Automotive Cells Company), était notre invité le 27 mai dernier pour aborder ces enjeux et nous apporter sa vision du rôle des batteries dans la transition environnementale.

« La batterie est la technologie de notre époque »

Tout d’abord qu’est-ce qu’une batterie ? C’est un ensemble de cellules dans lesquelles se font des échanges d’ions produisant de l’énergie. Ces cellules sont regroupées en modules puis en système pour former une batterie.

Aujourd’hui de nombreuses tendances conduisent à ce que les batteries soient de plus en plus présentes dans nos sociétés. Les énergies renouvelables progressent et, de par leur intermittence, nécessitent de pouvoir être stockées pour rendre possible la consommation continue d’électricité. Les batteries sont aussi un enjeu dans le développement de la mobilité électrique : automobiles (80% de leur utilisation), camion, avion, bateaux, ainsi que pour les technologies de l’information et de la communication comme les GPS, les satellites, les compteurs intelligents, etc.

Les datacenters font également appel aux batteries pour leur « backup », indispensables dans une société où la donnée est aussi importante.

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L’industrie des batteries européennes en devenir

Le marché des batteries a longtemps été laissé aux pays asiatiques, d’abord avec le Japon et la Corée (Panasonic, Samsung, LG, etc.) puis la Chine qui a aujourd’hui une centaine d’entreprises avec des capacités de plusieurs GigaWatts/h.

L’enjeu est donc de parvenir à créer un champion européen des batteries pour ne pas laisser le leadership total à des acteurs qui en maitriseraient tous les aspects dont la disponibilité et le prix.

L’Europe n’a pas de retard, elle possède la technologie, la technique, les entreprises (moins connues que leurs homologues asiatiques) et la clientèle. Il y a donc une carte à jouer pour retrouver une maitrise de ce secteur aux applications très nombreuses. Il faut aussi rappeler que la batterie représente par exemple 35% du coût d’une voiture électrique.

Saft s’est donc associé avec Stellantis pour créer Automative Cells Company qui a pour ambition de devenir ce champion européen. Le président Macron a inauguré il y a un an une ligne de fabrication pilote dans une usine située à Nersac dans le but de pouvoir construire des gigafactories en France et en Allemagne grâce à un partenariat public-privé des deux pays et des investissements de plusieurs milliards d’euros. La compétitivité des usines européennes est très bonne et la France a la chance d’avoir une énergie décarbonée ce qui limite l’empreinte carbone de cette industrie et offre un avantage par rapport à la Chine.

Le défi sera ensuite d’être les meilleurs sur une technologie qui progresse et se transforme très vite, avec le passage des batteries au plomb vers le lithium-ion. L’objectif est aujourd’hui de parvenir à des batteries solides.

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La course à la baisse des coûts ne remet-elle pas en cause la longévité et le recyclage des batteries ?

Depuis 10 ans on observe une forte augmentation des performances des batteries en même temps qu’une forte diminution des couts et cela va continuer. La durée de vie, elle, dépend surtout du type de technologie (phosphate, manganèse-phosphate), de son utilisation, de son cycle.

Les batteries de voitures actuelles sont garanties en moyenne 8 ans en première vie, c’est-à-dire jusqu’à ce que la charge initiale diminue de 70%. Les batteries peuvent également resservir pour d’autres utilisations. C’est là qu’il faut trouver le bon modèle économique et la bonne application pour ces deuxièmes vies car le nombre de batteries à recycler va mécaniquement augmenter dans les prochaines années.

La chaîne de recyclage en est encore à ses débuts. Des acteurs européens comme le SNAM, Unicor ou BASF s’y sont lancés et c’est un marché en plein essor qui va de pair avec le projet européen de développer l’économie circulaire.

Le mot du président

Les Européens ont pu être un peu déçus ces derniers temps avec un discours sur l’impuissance du continent, de son déclin, de la montée des concurrents étrangers, etc. Le développement de cette industrie européenne des batteries est donc enthousiasmant et surtout une opportunité à saisir car c’est un domaine déterminant pour l’avenir autant écologique qu’économique. L’Europe a une carte à jouer dans ce secteur.

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