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« L’apport de la connaissance scientifique dans la transition énergétique reste fondamental »

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Depuis votre premier mandat, vous avez suivi avec beaucoup d’attention les questions énergie-climat. Quels enseignements avez-vous tirés de l’expérience de ces dernières années ?

Jean-Luc Fugit : Depuis plusieurs années, nous ambitionnons de faire de la France le premier pays à sortir des énergies fossiles. Cet objectif a été impulsé par le gouvernement et initié lors du discours du président de la République à Belfort en février 2022.
Pour sortir des énergies fossiles, nous n’avons ni le luxe, ni le temps d’opposer les énergies entre elles, d’opposer le nucléaire aux renouvelables voire les renouvelables entre elles. Notre plan repose sur quatre piliers : la sobriété, l’efficacité, le développement des énergies renouvelables et la relance du nucléaire.
Pour ma part, je ne crois pas aux solutions uniques car nous avons dans ce pays la chance d’avoir une multitude de possibilités et d’outils pour développer toutes les solutions nécessaires pour sortir progressivement de notre dépendance aux énergies fossiles qui dominent depuis trop longtemps notre mix énergétique.

Quels sont les questions qui devraient être plus spécifiquement approfondies dans le cadre des futures PPE et SNBC ?

J.-L. F. : La France a mis en consultation du 22 novembre au 22 décembre 2023 sa Stratégie française pour l’énergie et le climat (SFEC), afin d’associer les citoyens, les élus et les parties prenantes à sa conception. Celle-ci doit déboucher sur la 3e édition de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), de la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) et du Plan national d’adaptation au changement climatique.
Afin de faire de la France le premier grand pays industriel à sortir des énergies fossiles, la SFEC doit répondre à plusieurs défis. Elle doit prévoir l’augmentation de la production d’énergie décarbonée, l’accélération de la production des énergies renouvelables, la garantie de la sécurité d’approvisionnement et la préservation du pouvoir d’achat des Français.
La PPE traduira dans le droit les grandes orientations de politique énergétique en renforçant notamment l’objectif de baisse de notre consommation d’énergie en 2030 de 30 % et en doublant le rythme du déploiement du photovoltaïque, du biogaz et des réseaux de chaleur.
La SNBC définira une trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre jusqu’à 2050 et fixera des objectifs de court et moyen termes dans tous les secteurs d’activité via des budgets carbone qui seront adoptés par décret.
J’attends de cette planification énergétique qu’elle permette l’émergence d’énergies nouvelles telles que l’agrivoltaïsme, la méthanisation, l’énergie osmotique ou la pyrogazéification. Ces filières sont des solutions innovantes qui peuvent être rapidement déployables, notamment dans les territoires ruraux.

Séance du CSE de septembre 2023 avec la ministre Agnès Pannier- Runacher.

En parallèle de votre mandat de parlementaire, vous présidez le Conseil supérieur de l’énergie (CSE). Pouvez-vous nous préciser son rôle et ses priorités d’action ?

J.-L. F. : Le rôle du CSE est d’assurer un dialogue régulier avec les principales parties prenantes du secteur de l’énergie.
Que ce soient les représentants des consommateurs d’énergie, les associations agréées pour la protection de l’environnement, les entreprises des différents secteurs énergétiques, les syndicats représentants des personnels, les collectivités territoriales ou les représentants de l’État, nous travaillons tous ensemble à la construction de la politique énergétique de la France.
Cette instance de dialogue est fondamentale pour nourrir et porter nos objectifs de décarbonation de notre économie.
Ces derniers mois, nous avons eu à travailler sur de nombreux textes, décrets et arrêtés qui permettent de transcrire en droit l’ambition du Parlement, du gouvernement et des acteurs de l’énergie, que ce soit sur le développement des énergies renouvelables et du nucléaire, l’ambition de sobriété énergétique ou encore les aides aux pouvoir d’achat des Français avec le bouclier énergie.

Que ce soient les représentants des consommateurs d’énergie, les associations agréées pour la protection de l’environnement, les entreprises des différents secteurs énergétiques, les syndicats représentants des personnels, les collectivités territoriales ou les représentants de l’État, nous travaillons tous ensemble à la construction de la politique énergétique de la France

Le CSE regroupe de nombreux acteurs de la transition énergétique avec nécessairement des divergences de points de vue. Existe-t-il néanmoins des consensus ?

J.-L. F. : Ce dialogue régulier entre les principales parties prenantes du secteur de l’énergie est très utile pour accompagner le gouvernement dans la construction de sa politique énergétique. S’il y a des divergences de point de vue, il existe des consensus qui permettent la construction de la politique énergétique de notre pays.
Ainsi, le CSE a rendu un avis sur le projet de loi sur la sûreté nucléaire ainsi que sur le projet de loi de souveraineté énergétique. Ces deux avis ont été adoptés avec une forte majorité, voire une quasi-unanimité, après de longues discussions qui ont abouti à des convergences de vue.

Vous êtes un scientifique, vous êtes vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), quels sont les progrès qui peuvent être attendus dans le domaine de l’énergie ?

J.-L. F. : La science est centrale dans l’approche de notre travail parlementaire et c’est le rôle de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) d’informer le Parlement des conséquences des choix de caractère scientifique ou technologique pour éclairer ses décisions.
En tant que citoyen, député et professeur de chimie, je pense que pour construire notre trajectoire de sortie des énergies fossiles en s’appuyant, comme le préconise le GIEC, sur le nucléaire et les énergies renouvelables, l’apport de la connaissance scientifique est fondamental.
L’OPECST a été conduit, dans le cadre des fonctions de contrôle et d’évaluation du Parlement, à développer des relations étroites avec les acteurs de la communauté scientifique et technologique, dont il est devenu un interlocuteur privilégié. En effet, l’Office s’appuie, entre autres, sur les avis, analyses et informations recueillis par des chercheurs, ce qui montre l’importance de la recherche.
Par exemple, en matière d’hydrogène, l’Office avait réalisé une note scientifique sur les modes de production de l’hydrogène dont l’élaboration avait été menée par le sénateur Gérard Longuet, ancien président de l’OPECST. Pour ma part, j’ai travaillé, aux côtés du sénateur Roland Courteau, sur le rapport « L’agriculture face au défi de la production d’énergie », publié en 2020, qui met en lumière le rôle essentiel de l’agriculture dans la transition énergétique.
Cela montre que l’énergie est un sujet central étudié à l’OPECST. Ces travaux ont irrigué et irrigueront les débats sur les questions énergétiques au Parlement.

Vous êtes également un spécialiste de la pollution de l’air. La qualité de l’air intérieur dans les bâtiments est-elle un problème qui vous semble aujourd’hui correctement traité ?

J.-L. F. : La qualité de l’air intérieur mais aussi la qualité de l’air extérieur sont des sujets qu’il faut absolument aborder au Parlement.
Si les données récentes évoquent une tendance à la baisse de la mortalité en lien avec la pollution de l’air ambiant (7 % de la mortalité totale de la population française attribuable à une exposition aux PM 2,5 contre 9 % pour la période 2007-2008), l’exposition de la population à la pollution de l’air reste un enjeu de santé publique majeur et représente un coût sanitaire et socio-économique global de près de 100 milliards d’euros par an, selon un rapport rendu par la commission d’enquête sur le coût économique et financier de la pollution de l’air.
Concernant précisément la question de l’air intérieur, le gouvernement a renforcé plusieurs initiatives comme MaPrimeRénov’ ou la RE 2020 en matière de rénovation thermique pour optimiser les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisant contribuant ainsi à un air intérieur moins pollué. De plus, en 2021, suite aux publications du Conseil national de l’air que je présidais, le gouvernement a lancé un plan « Chauffage au bois domestique performant » qui permet d’accélérer le renouvellement des poêles et cheminées vétustes au profit d’équipements performants et le développement de l’utilisation de combustibles de qualité.
J’ai déposé à l’Assemblée nationale en janvier une proposition de loi « visant à réduire l’exposition de la population à la pollution de l’air » qui renforce notamment, dans son article 3, l’obligation d’affichage des résultats de la surveillance de la qualité de l’air intérieur dans les établissements recevant du public, dans la continuité des dispositions réglementaires ayant déjà été prises. C’est une question de santé publique à laquelle tous les citoyens sont confrontés. Je suis prêt à agir.

La plupart des trajectoires de décarbonation font de l’utilisation de la biomasse un de leurs enjeux forts. Mais les ressources en biomasse sont limitées. Pensez-vous qu’il faudrait réserver l’usage de la biomasse à certains secteurs prioritaires ?

J.-L. F. : La biomasse est la première source d’énergie renouvelable en France. C’est un élément clef de la défossilisation de notre économie qui, pourtant, fait débat concernant ses usages. Il y a là un enjeu crucial lié à la souveraineté alimentaire, car il est primordial de ne pas perdre de vue que la biomasse est principalement produite à des fins agricoles et non pour la production d’énergie. Il faut évidemment en faire une évaluation rigoureuse et il serait intéressant que l’OPECST puisse se pencher sur cette problématique pour éclairer les décisions politiques relatives à son utilisation.
Je me réjouis qu’au gouvernement, la ministre Agnès Pannier-Runacher ait été nommée avec pour portefeuille la transition écologique de l’agriculture. Elle portera le sujet de la souveraineté alimentaire et énergétique comme elle a pu le faire sur les questions d’énergies renouvelables et le nucléaire.

L’utilisation de l’hydrogène a suscité beaucoup d’espoirs. Mais les délais de réalisation des projets s’allongent. Pensez-vous qu’il s’agit d’une voie qu’il faut prioriser dans la future PPE ?

J.-L. F. : Dans les années à venir, l’hydrogène décarboné est destiné à occuper une place prépondérante, comme en atteste la révision actuelle de la Stratégie nationale hydrogène.
Cet hydrogène écoresponsable est produit par électrolyse de l’eau, à partir d’électricité décarbonée ou renouvelable.
La SFEC prévoit des objectifs ambitieux de déploiement de l’hydrogène décarboné avec 6,5 GW de capacité de production en 2030 et 10 GW en 2035.
L’hydrogène renouvelable est un vecteur énergétique crucial dans notre transition écologique, notamment en ce qui concerne l’industrie, mais aussi la mobilité, notamment dans les secteurs lourds et à longue distance.
Enfin, l’hydrogène revêt une importance stratégique significative pour le stockage d’énergie et pour des applications stationnaires dans le secteur du bâtiment.

L’hydrogène renouvelable est un vecteur énergétique crucial dans notre transition écologique, notamment en ce qui concerne l’industrie, mais aussi la mobilité, notamment dans les secteurs lourds et à longue distance

La territorialisation de la transition énergétique est un enjeu fort avec récemment le lancement de COP régionales par le Secrétariat général à la planification écologique. Dans votre circonscription, quelles sont les bonnes pratiques qui méritent d’être citées ?

J.-L. F. : Dans ma circonscription, plusieurs bonnes pratiques en matière de transition énergétique et de développement durable méritent d’être soulignées.
La centrale solaire de Saint-Romain-En-Gal, exploitée par EDF Renouvelables, alimente plus que la consommation des 2 500 habitants locaux. L’absence d’artificialisation au sol et la progression de la biodiversité sur le site soulignent son impact positif.
La valorisation des biodéchets constitue également une avancée significative dans ma circonscription. Le SITOM Rhône Sud mobilise divers acteurs, dont artisans, commerçants, élus locaux et distributeurs de biogaz, pour répondre à la nouvelle réglementation qui entre en vigueur le 1er janvier. Cette mobilisation témoigne d’une prise de conscience collective sur l’importance de gérer durablement les biodéchets.
Le monde agricole est pleinement impliqué dans la transition écologique au travers de méthodes de production d’énergie telle que la méthanisation qu’on peut observer dans ma circonscription comme dans le reste de la France.
Il est de notre responsabilité collective de faire baisser les émissions de CO2.

L’Europe va prochainement élire ses nouvelles instances représentatives. Quelles attentes avez-vous, dans le domaine énergie-climat, de la prochaine mandature ?

J.-L. F. : Il est impératif d’explorer des solutions novatrices et d’harmoniser les politiques énergétiques pour créer une approche européenne cohérente. Une piste prometteuse réside dans la collaboration avec des partenaires tels que l’Allemagne à propos du captage du carbone. Cette coopération transfrontalière pourrait non seulement accélérer la transition énergétique mais également renforcer la solidarité au sein de l’Union européenne.
La question de la souveraineté énergétique émerge comme un enjeu essentiel dans ce contexte. Il est crucial que chaque État membre retrouve une autonomie énergétique pour assurer sa stabilité et réduire sa dépendance vis-à-vis des fossiles. La collaboration étroite entre les pays peut également favoriser le partage des connaissances et des ressources, renforçant ainsi la sécurité énergétique de toute la région.
Un autre défi crucial est de garantir que la transition vers des énergies propres ne se fasse pas au détriment de la cohésion sociale. Il est nécessaire de créer des incitations pour attirer les jeunes talents vers les filières liées aux énergies renouvelables, tout en générant des emplois durables.

Jean-Luc Fugit
Jean-Luc Fugit
député du Rhône, groupe Renaissance
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