En poursuivant votre navigation, vous acceptez l'utilisation de cookies pour mesurer l'audience de notre site.
FERMER

Les infrastructures vertes, leviers pour la neutralité carbone

Par le

La Stratégie nationale bas carbone (SNBC) a pour ambition de réduire de 40 % les émissions de gaz à effet de serre dès 2030 et d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Or, les usages des infrastructures (de transport, d’eau, d’énergie, du numérique…) représentent actuellement près de 50 % des émissions carbone de la France. Pour réduire ces émissions, il faudra donc investir massivement en faveur des infrastructures de la transition écologique.

Infrastructures et transformation écologique sont indissociables. Le Plan France Relance en est une illustration : qu’il s’agisse de la mobilité, de l’énergie, des équipements de prévention des risques naturels ou encore de la protection des territoires, les métiers des travaux publics sont reconnus comme des accélérateurs des mutations « vertes », au service de l’économie et de la qualité de vie.

La préservation de l’environnement est aussi une attente prioritaire de nos concitoyens. Pour trois Français sur quatre, l’environnement sera important ou très important dans leur vote lors de la prochaine élection présidentielle. Pour sept Français sur dix, les enjeux environnementaux ont été un élément important du vote lors des dernières élections municipales. Éclairage public de nouvelle génération, pistes cyclables, bornes de recharge électrique, digues de protection contre les inondations… les solutions proposées par les infrastructures pour assurer la transition localement au sein des territoires sont multiples.

ENGAGER LE SECTEUR SUR LA TRAJECTOIRE DE DÉCARBONATION

Le secteur des travaux publics a lancé un exercice inédit au niveau d’une profession, l’évaluation de son empreinte carbone, celle liée à l’acte de construire mais aussi celle associée à l’usage de l’ensemble des infrastructures françaises. Ce travail d’évaluation a été mené par le cabinet Carbone 4 pour l’année de référence 2018, à partir de données publiques et de données recueillies auprès des professionnels de la filière.

Le secteur des travaux publics compte ainsi en empreinte directe pour 3,7 % de l’empreinte carbone nationale (soit 24,1 Mt de CO2eq) (cf. figure). La consommation de carburant sur les chantiers mais aussi les émissions générées par l’amont de la filière (extraction de matériaux, acier, béton…) représentent l’essentiel des émissions.

Poids des activités de travaux publics proprement dites et de l’utilisation
des infrastructures par rapport à l’empreinte carbone de la France.
Source : Carbone 4 pour la FNTP (janvier 2021).

Afin de réduire encore davantage cette part dans les émissions nationales, à la mesure de l’empreinte carbone a été associée une revue des solutions de décarbonation disponibles conduite par le cabinet Utopies auprès des experts de la filière. Cela a permis de constituer une base de données et un catalogue des solutions les plus efficaces. Outre le recours à des engins plus sobres et à l’utilisation d’énergies alternatives, cette revue a mis en évidence l’importance de la mise en oeuvre d’innovations pour les bétons hydrauliques et bitumineux et du recyclage des matériaux en général.

Ce travail va permettre d’évaluer un potentiel de réduction pour le secteur d’ici à 2030. Il sera complété par la création d’un référentiel de décarbonation des métiers des travaux publics qui vise à fournir à toutes les entreprises, selon leur activité, un panel de solutions adaptées pour piloter la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre.

Ainsi, les professionnels des travaux publics ont décidé de porter l’ambition de la neutralité carbone, de mettre leur expertise au service de tous, de s’engager dans la diminution de leurs propres émissions carbone et d’interpeller l’État et les décideurs locaux sur la vision et la programmation nécessaires pour réussir la transition écologique du pays.

L’USAGE DES INFRASTRUCTURES, 50 % DES ÉMISSIONS DE LA FRANCE

Si l’activité du secteur représente moins de 4 % des émissions équivalent carbone en France, ce chiffre monte jusqu’à 54 % (350 Mt de CO2eq), lorsqu’on prend en compte l’usage fait des infrastructures. La mobilité, la production et le transport d’énergie, l’eau, le numérique sont autant de services indispensables à la vie quotidienne qui génèrent environ la moitié des émissions françaises. Ce sont donc des leviers indispensables sur lesquels il est nécessaire d’agir. Comment continuer à assurer la qualité du service et répondre aux besoins des entreprises comme des citoyens tout en respectant un enjeu de neutralité carbone en 2050 ?

Quelques exemples d’objectifs à court terme pour la transition écologique des territoires
  • Tripler la part modale du vélo dans les déplacements quotidiens d’ici 2024
  • Installer 100 000 bornes de recharge électrique sur l’espace public d’ici fin 2021
  • Construire 100 stations de recharge en hydrogène d’ici 2023
  • Réduire les prélèvements d’eau de 10 % en 5 ans et de 25 % en 15 ans
  • Restaurer 50 000 km de cours d’eau d’ici 2030
  • Développer 1 GW/an pour l’éolien en mer à partir de 2024
  • Atteindre 40 % de production électrique d’origine renouvelable d’ici 2028
  • Assurer la couverture de 100 % du territoire en fibre optique (FttH) d’ici 2025

PENSER UN AVENIR BAS CARBONE ET ADAPTER LES TERRITOIRES AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

La transformation écologique du pays nécessitera d’investir massivement dans des infrastructures vertes et d’assurer la conversion environnementale des infrastructures existantes. Les solutions apportées doivent permettre de répondre à trois grands enjeux synthétisés en trois « R » : Réduction (des émissions), Restauration (des écosystèmes), Résilience (des territoires).

Pour réduire les émissions, les priorités portent à la fois sur les mobilités et sur les systèmes énergétiques. Il s’agit par exemple de développer des transports bas carbone, ce qui implique entre autres la construction d’infrastructures telles des bornes de recharge pour véhicules électriques, des pistes cyclables ou encore le développement de l’intermodalité et des transports collectifs. En matière d’énergie bas carbone, l’essor des renouvelables doit être complémentaire du maintien en bon état du parc nucléaire et s’articuler avec le développement des réseaux de transport et de distribution. L’hydrogène ou le biogaz auront également des implications fortes sur les réseaux.

Pour restaurer les écosystèmes, préserver la biodiversité et améliorer le cadre de vie, les entreprises de travaux publics offrent des solutions qui permettent de restaurer les continuités écologiques et de réduire les nuisances telles que le bruit ou les pollutions de l’air et de l’eau. La préservation de la ressource en eau, enjeu majeur des prochaines décennies, passera également par la lutte contre les fuites, le traitement des micropolluants et la réutilisation des eaux.

Rendre les territoires résilients au changement climatique, c’est enfin les adapter pour protéger au mieux les biens et les populations. Selon la plupart des experts, l’évolution vers un monde à +2° C est déjà largement entamée. Dans cette optique, c’est dès maintenant qu’il faut anticiper les politiques d’adaptation et de protection des territoires et des populations. Inondations, vagues de chaleur, épisodes de sécheresse, tempêtes… Des phénomènes climatiques extrêmes risquent d’impacter les territoires et leurs infrastructures avec une récurrence accrue. Les dégâts sont déjà nombreux et les besoins de reconstruction de plus en plus élevés. À ces enjeux s’ajoute l’entretien insuffisant de nombreuses infrastructures (routes ou ouvrages d’art par exemple) concourant à accroître encore leur vulnérabilité.

Dans l’ensemble de ces domaines, il s’agit désormais d’anticiper et d’agir au plus vite : une infrastructure est construite pour durer plusieurs décennies et c’est dès aujourd’hui que les politiques d’investissement doivent être programmées. C’est pourquoi, en lien avec Carbone 4 et l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques), une réflexion prospective est lancée afin d’identifier pour chacun de ces enjeux les différents futurs possibles et de déterminer leur impact en termes de besoins en infrastructure. Sans ce nécessaire « new deal écologique », la Stratégie nationale bas carbone ne pourrait que manquer sa cible.


Jean-Philippe Dupeyron
directeur adjoint des Affaires économiques
Stéphane Rutard-Marcellan
directeur Développement durable – FNTP
PARTAGER CET ARTICLE