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Accélérer l’électrification, pour une transition compétitive et souveraine

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Dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes et de concurrence internationale accrue, la transition énergétique nécessite des investissements massifs et une transformation rapide des usages. L’électrification apparaît comme un levier central de cette dynamique.
Encore faut-il en créer les conditions économiques et opérationnelles pour permettre son déploiement à grande échelle, en cohérence avec les réalités des entreprises et du système énergétique. Dans ce point de vue, le MEDEF partage sa vision sur les défis et les modalités d’action pour accélérer l’électrification.

Après la crise de 2022 liée à la guerre en Ukraine, les tensions actuelles au Moyen-Orient rappellent que la dépendance aux énergies fossiles importées demeure une vulnérabilité structurelle pour la France et l’Europe. Elle pèse à la fois sur la sécurité d’approvisionnement comme sur la balance commerciale et expose les entreprises à des prix durablement élevés et volatils. Dans le même temps, l’écart de compétitivité avec les principaux concurrents de la France et de l’Europe continue de se creuser.
Face à ces défis, la transition énergétique doit être pensée et mise en œuvre comme une opportunité économique pour la France. D’ores et déjà, les crises successives ont mis en évidence la pertinence d’un mix énergétique bas-carbone comme facteur de résilience, de souveraineté et de compétitivité. Depuis le début de la guerre en Iran, la disponibilité du parc nucléaire et des énergies renouvelables permet ainsi à la France d’amortir les chocs dans le marché de l’électricité et de limiter l’exposition aux fluctuations des marchés internationaux. Elle illustre l’intérêt stratégique de disposer d’un système énergétique diversifié et robuste. Plus largement, la transition doit permettre de concilier décarbonation, compétitivité et réindustrialisation, dans une logique de croissance durable. Cette dynamique est déjà à l’œuvre : les entreprises françaises investissent, innovent et produisent. Une part significative des projets récents de réindustrialisation concerne les filières stratégiques de la transition, ancrées dans les territoires. D’ici 2030, elle pourrait permettre la création de 200 000 à 500 000 emplois industriels nets et nécessiter la formation de près de 2,8 millions de collaborateurs.

L’électrification, un levier structurant mais encore insuffisamment engagé

L’électrification des usages est appelée à jouer un rôle central dans cette dynamique. Les scénarios prospectifs comme la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) convergent vers une part de l’électricité dans la consommation finale supérieure à 50 % à horizon 2050, contre environ 27 % aujourd’hui, en complément des autres solutions nécessaires pour une transition efficace qui réponde aux besoins des consommateurs et aux spécificités d’usage : l’efficacité énergétique, les molécules bas-carbone, la capture et le stockage de CO2. Pour le MEDEF, l’électrification des usages constitue à la fois un moteur de décarbonation, un facteur de compétitivité et un vecteur de réindustrialisation. Elle contribue à réduire les dépendances aux énergies fossiles importées et soutient le développement de filières industrielles créatrices de valeur, notamment dans les batteries, les véhicules électriques, les pompes à chaleur, les équipements électriques, sans oublier le nucléaire et les énergies renouvelables.

Malgré ces perspectives, la dynamique d’investissement marque un infléchissement préoccupant, loin du rythme nécessaire pour atteindre les objectifs affichés. La consommation d’électricité a diminué depuis les années 2010, passant d’environ 475 TWh à moins de 450 TWh. Contrairement aux prévisions, l’électrification comme la reprise de la demande prennent du retard. Ce décalage traduit à la fois des destructions de valeur dans l’industrie, des incertitudes persistantes sur les court et moyen termes, ainsi que des contraintes pesant sur les consommateurs et ne leur permettant pas de déclencher des investissements souvent intensifs en capital, dans un contexte de concurrence internationale accrue.
Dans le même temps, les investissements dans les capacités de production et les filières industrielles se poursuivent, sous l’impulsion des politiques publiques et des stratégies industrielles : il en résulte un désalignement de plus en plus marqué entre le développement de l’offre et celui des usages, qui fragilise la cohérence économique de l’ensemble. Ce retard soulève des enjeux majeurs en termes de viabilité économique des investissements engagés, tant pour les acteurs privés que pour l’État. Il alimente les inquiétudes sur le « bouclage » du système énergétique, sur les risques de coûts échoués et, plus largement, sur la capacité à concilier trajectoires de décarbonation et compétitivité dans la durée. À terme, ces déséquilibres déstabilisent les trajectoires et génèrent des effets d’à-coups préjudiciables aux filières, à l’emploi et à l’atteinte de nos objectifs de long terme.

Recréer les conditions d’un passage à l’échelle

Face à ces déséquilibres, il est nécessaire de reposer les conditions d’une transition opérationnelle, soutenable et compétitive, apportant la visibilité et la stabilité nécessaires à l’investissement. Cela suppose de construire un modèle économique durable et de lever les freins réglementaires et économiques qui ralentissent aujourd’hui la décarbonation et l’électrification des usages. Pour y parvenir, plusieurs priorités d’action apparaissent clairement :

  • en premier lieu, il faut coordonner la transition sur le long terme avec une stratégie lisible et rationnelle, articulant de manière cohérente production d’énergie bas-carbone, infrastructures, réseaux et évolution des usages. Cette stratégie doit permettre d’organiser de façon progressive et maîtrisée la réduction de la dépendance aux énergies fossiles. Elle doit aussi consacrer le principe de neutralité technologique et s’appuyer sur la complémentarité des solutions. S’agissant de l’électricité, l’atteinte des objectifs climatiques repose sur un mix bas-carbone diversifié, associant nucléaire et énergies renouvelables, ainsi que sur le développement des flexibilités, du stockage et des moyens pilotables ;
  • en second lieu, la compétitivité, la stabilité et la prévisibilité du coût de l’énergie doivent être garanties, en agissant sur l’ensemble des composantes de la facture énergétique (coût de la fourniture et types de contrat, tarif de réseau, fiscalité) et en tenant compte de l’exposition aux prix de l’énergie et à la concurrence internationale. Cet enjeu concerne l’ensemble du tissu économique, y compris les TPE et PME, particulièrement vulnérables aux chocs de prix. Il est essentiel de pérenniser les instruments de compétitivité existants : tarifs réduits d’accises, quotas gratuits et compensation des coûts indirects, valorisation des services au système, etc.
  • enfin, l’accompagnement des acteurs économiques dans leur transformation doit se faire dans un cadre incitatif efficace, affirmé, ciblé et stable, au-delà du seul signal du prix de l’énergie, afin de déclencher les investissements privés et assurer la rentabilité des modèles économiques de la transition et de réindustrialisation verte. Une attention particulière doit être portée aux acteurs les plus fragiles (TPE-PME, ménages précaires) ainsi qu’aux activités qui ne disposent pas encore d’options de décarbonation compétitives ou techniquement matures : la transition doit être pensée de manière juste et durable.
Sébastien Douguet
Sébastien Douguet
directeur de mission Politiques énergétiques au pôle Transition écologique du MEDEF
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