Accélérateur essentiel de mobilité, d’échanges et d’accès aux services, l’avion est aujourd’hui confronté à un défi majeur : réduire son empreinte environnementale. Décarboner le transport aérien n’est plus une option. Toute la filière doit évoluer, sans jamais transiger sur les exigences de sécurité et de performance qui font la force de l’aviation.
Photo : © AURA AERO.
Décarboner l’aviation : la stratégie d’un constructeur français
Le défi de la décarbonation de l’aérien est multiple. Il concerne bien sûr l’énergie – carburants alternatifs, hydrogène ou électricité – mais aussi l’architecture des avions, l’efficacité des systèmes de propulsion, l’allègement des structures, l’aérodynamique ou encore l’optimisation des opérations et des chaînes de production.
Constructeur aéronautique français fondé à Toulouse en 2018, AURA AERO s’inscrit pleinement dans cette transformation. L’entreprise développe une nouvelle génération d’avions plus sobres, conçus pour répondre aux exigences environnementales de demain.
Sa stratégie repose sur deux programmes complémentaires : INTEGRAL E, un biplace 100 % électrique pour la formation, et ERA (Electric Regional Aircraft), un avion régional hybride-électrique.
Ces programmes visent à développer les technologies électriques dans des avions de tailles différentes, avec un dimensionnement adapté pour répondre aux contraintes opérationnelles et d’autonomie des utilisateurs.
Ces modèles permettent de progresser vers l’aviation 100 % électrique, qui suscite un fort intérêt, pour des cas d’usage de plus en plus complexes, notamment compte tenu des limitations actuelles posées par la densité énergétique des batteries, leur masse et leur autonomie.
« Nos essais et notre expérience sur le biplace INTEGRAL E nous permettent d’acquérir la maturité technologique nécessaire pour faire voler ERA. Sans passer d’abord par un petit avion, concevoir un appareil plus grand serait extrêmement risqué, voire impossible. »
INTEGRAL E : un avion-école 100 % électrique pour préparer l’avenir
L’aviation 100 % électrique est déjà une réalité pour certains segments comme en témoigne le développement d’INTEGRAL E par AURA AERO, un avion biplace de formation entièrement électrique.
Assemblé dans l’usine de Toulouse-Francazal, il a réalisé son premier vol en décembre 2024 et vise une certification par l’Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) dès l’année prochaine.
Avec 90 minutes d’autonomie et une recharge rapide en 30 minutes, INTEGRAL E constitue un laboratoire volant pour les systèmes électriques qui équiperont les avions de demain. Cet avion rencontre un fort intérêt auprès des écoles de pilotage et des forces armées, qui y voient une plate-forme pour former les pilotes tout en réduisant l’empreinte environnementale.

À l’horizon 2030 : décarboner l’aviation régionale grâce à l’hybridation
Le développement de l’hybridation est l’occasion de redynamiser l’aviation régionale en apportant une réponse concrète à deux externalités négatives : l’impact sur le climat et les nuisances sonores.
« Au niveau actuel de maturité des technologies, ERA est le plus grand avion à propulsion hybride-électrique que l’on puisse raisonnablement envisager. »
ERA se veut le préfigurateur de ce mouvement. Son premier vol est prévu en 2027, pour une entrée en service en 2030. Sa propulsion reposera sur huit moteurs électriques ENGINeUS de Safran, premier moteur électrique d’avion certifié au monde, alimentés par quatre batteries lithium-ion installées dans le fuselage, ainsi que par deux turbo-générateurs assurant l’hybridation de la propulsion.
Plus largement, l’ERA est également l’occasion d’introduire progressivement les technologies électriques – distribution haute tension et gestion énergétique –, qui seront utiles aux générations futures d’appareils, qu’elles soient 100 % électriques ou hybrides.
L’architecture hybride-électrique réduit les émissions de CO₂ de 50 à 80 % par rapport à un avion thermique de même catégorie sur un vol régional typique de 500 à 900 km. Ce système permettra d’atteindre jusqu’à 1 800 km d’autonomie en mode hybride, tout en conservant une grande flexibilité opérationnelle.
Les batteries pourront être rechargées en 30 minutes, soit le temps d’une escale.
Conçu pour accueillir 19 passagers en configuration standard, ERA sera également disponible en version Exclusive pour la version affaires, en version Cargo pour le transport de marchandises ou en version Medevac pour l’évacuation médicale.
Cinq ans après le lancement du programme, l’intérêt du marché est déjà au rendez-vous : près de 700 lettres d’intention ont été signées, représentant 12 milliards de dollars, auprès des compagnies aériennes du monde entier.
Une ambition mondiale soutenue par un outil de production français
Pour accompagner le développement de ses programmes ERA et INTEGRAL E, AURA AERO prévoit la construction d’une nouvelle usine de 50 000 m² à Toulouse-Francazal d’ici 2029. Ce site réunira les chaînes d’assemblage des deux familles d’avions, le bureau d’études ainsi que les fonctions supports.

L’entreprise poursuit également son expansion internationale. En octobre dernier, elle a inauguré un site en Floride, dédié à l’assemblage, à la livraison et au support client pour la famille INTEGRAL E en Amérique du Nord. Une usine dédiée à ERA y verra également le jour d’ici 2028, avec à la clé plus de 1 000 emplois créés.
Avec un carnet de commandes plein pour INTEGRAL E, près de 700 lettres d’intention pour ERA, une implantation réussie aux États-Unis et le lancement d’une division Défense, AURA AERO s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs les plus prometteurs de l’aviation de nouvelle génération.
EDF et AURA AERO : un partenariat stratégique
Pour que l’aviation électrique devienne une réalité opérationnelle, il ne suffit pas de concevoir de nouveaux avions : il faut aussi développer les infrastructures énergétiques adaptées.
ERA pourra ainsi recharger ses batteries en 30 minutes grâce à des superchargeurs de 800 V. Afin de préparer ce déploiement à grande échelle, AURA AERO s’est associé dès 2023 au groupe EDF, qui est également entré au capital de l’entreprise.
Les deux partenaires travaillent ensemble pour relever les défis énergétiques de l’aviation électrique : performance et cycle de vie des batteries, gestion intelligente de la recharge, intégration des besoins énergétiques sur les plates-formes aéroportuaires ou encore développement d’infrastructures adaptées.
En combinant l’expertise énergétique d’EDF et le savoir-faire aéronautique d’AURA AERO, ce partenariat vise à créer un écosystème complet autour de l’aviation électrique.
Par Jérémy Caussade, président et cofondateur, AURA AERO







