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Pompes à chaleur : les constructeurs français peuvent résister à la concurrence internationale

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Le 15 avril 2024, le groupe Intuis recevait les ministres Bruno Le Maire et Roland Lescure dans l’usine de Feuquières-en Vimeu. Que retenez-vous des annonces gouvernementales ?

Philippe Dénecé : Nous travaillons depuis plusieurs années avec le ministère de l’Industrie et le ministère de l’Économie et des Finances sur les conditions d’accompagnement de l’industrie française de la pompe à chaleur (PAC) en matière d’innovation et de renforcement des capacités de production ainsi que sur la simplification et la pérennité du dispositif d’aides fiscales.
Nos implantations industrielles sur le territoire français, notre stratégie d’innovation, notre engagement à favoriser les circuits courts et à veiller à ce que nombre de nos produits soient certifiés Origine France Garantie sont à l’origine du souhait des ministres Bruno Le Maire et Roland Lescure de prendre la parole sur le site de fabrication d’un industriel français.
Les mesures gouvernementales présentées peuvent pour certaines être mises en œuvre rapidement.
C’est le cas notamment pour la simplification des normes, la montée en puissance des métiers de la filière, la création d’un centre d’expertise de la PAC, l’orientation des aides publiques vers des productions françaises et européennes et l’amélioration de la confiance des citoyens dans la PAC et les productions françaises.
Les mesures qui ont trait à l’émergence de nouveaux projets industriels, à la stimulation de l’innovation et au développement de produits destinés à l’industrie prendront plusieurs mois et devront pour certaines faire l’objet d’une transcription législative.

Au début de cette année, le marché de la rénovation thermique a connu un gros trou d’air. Pensez-vous que les aménagements apportés à MaPrimeRénov’ (MPR) vont permettre un redémarrage de l’activité ?

Ph. D : Le dispositif d’aides à la rénovation présente une complexité de compréhension et de montage administratif pour les professionnels et les particuliers qui souhaitent améliorer la performance énergétique de leur logement et progresser dans le classement dans le diagnostic de performance énergétique (DPE). S’ajoutent à cela la question du pouvoir d’achat des foyers les plus modestes et l’absence d’éligibilité aux aides pour les ménages aux revenus supérieurs.
L’évolution du dispositif MaPrimeRénov décidée le 15 mai dernier offre la possibilité de réaliser des travaux monogestes avec un parcours étendu aux maisons individuelles classées en F et G sans devoir fournir de diagnostic de performance énergétique (DPE). Mais il est encore trop tôt pour en percevoir les premiers effets.

Le groupe Intuis a fortement misé sur les PAC en développant notamment son outil industriel en France. Les résultats sont-ils à la hauteur de vos attentes ?

Ph. D : Implanté en France depuis plus de 60 ans, le groupe Intuis investit régulièrement en infrastructures, équipements de R&D, équipements de production et en compétences sur ses sites de production. Nous avons orienté depuis plus de 15 ans nos développements et nos productions vers les énergies renouvelables et les solutions thermodynamiques de production de chauffage, de rafraîchissement et de production d’eau chaude sanitaire.
Tous nos développements sont basés sur l’utilisation d’un fluide frigorigène, le R290 (le propane), qui présente d’excellentes performances énergétiques, un très faible impact environnemental et répond aux exigences de la nouvelle F-Gas.
Comme pour de nombreux acteurs industriels de la filière de la PAC, les résultats sont en deçà de nos prévisions industrielles et commerciales avec un marché français qui affiche à fin mai un retrait à -50 %.
En revanche, les installations de PAC de forte puissance pour la production de chauffage et d’eau chaude sanitaire en logements collectifs enregistrent une progression régulière.

Lancement du plan d’action pour produire un million de pompes à chaleur dès 2027.
© Groupe Intuis

Dans les maisons individuelles, la PAC s’est imposée comme la solution de référence. Dans les logements collectifs, son déploiement est plus difficile. Avons-nous aujourd’hui des solutions adaptées ?

Ph. D : Nous concevons et produisons sur notre site industriel de Feuquières en Vimeu une large gamme de PAC destinées aux marché du résidentiel individuel avec des puissances de 6 à 25 kW pour la production de chauffage seul et la production double service de chauffage et d’eau chaude sanitaire. Au regard des enjeux de réduction des consommations dans les logements collectifs, nous avons développé une gamme de PAC haute température en 40, 60 et 80 kW qui sont en capacité de répondre aux besoins de chauffage et de production d’eau chaude sanitaire. Nous présenterons d’ici quelques mois une solution triple service avec du rafraichissement pour traiter le confort d’été en construction neuve comme en rénovation.

L’électrification des usages est une priorité affirmée au niveau français comme européen. Pensez-vous que les politiques publiques sont à la hauteur des objectifs affichés ?

Ph. D : L’électricité constitue un vecteur primordial pour atteindre la neutralité carbone. Elle participe à assurer notre transition énergétique et à renforcer de notre souveraineté.
L’actuelle crise de l’énergie renforce le rôle de l’électrification de nos usages énergétiques au regard des difficultés d’approvisionnement en produits fossiles et la forte volatilité des prix qui reflète la forte dépendance de l’Europe. Cette crise est à l’origine du Plan RePowerEU qui a pour objectifs de réduire la dépendance aux énergies fossiles et de garantir une énergie économiquement accessible et durable. Nous disposons ainsi en France, comme à la maille européenne, d’un bouquet de politiques publiques en phase avec les objectifs de la décarbonation. L’enjeu est d’assurer leur stabilité et pérennité de ces dispositifs.

De gauche à droite : Roland Lescure, Bruno Le Maire et Philippe Dénecé.
© Groupe Intuis

Pour une entreprise française de taille moyenne, résister à la concurrence internationale n’est pas chose facile ? Comment y parvenez-vous ? L’évolution de la réglementation F-Gas est-elle un obstacle ou une opportunité ?

Ph. D : La capacité de résistance économique d’un fabricant français de PAC face à la concurrence internationale, et notamment extra européenne, repose sur sa capacité à optimiser ses coûts de production, à renforcer les critères de performances, de durabilité et de réparabilité de ses produits.
Également, compte tenu du budget d’investissement dans une PAC, sa rentabilité dépend en priorité du prix de l’électricité qui, selon les experts, ne devrait pas connaitre de hausses supérieures à celle du gaz dans les deux prochaines années.
Enfin, l’entrée en application de la nouvelle F-Gas, qui impose aux fabricants, dès 2025, le remplacement des fluides frigorigènes contenant des hydrofluorocarbones (HFC) utilisées dans leurs productions par des fluides alternatifs plus vertueux, va nécessiter à certains acteurs d’importants efforts de développement. Nous reconnaissons que la vision, audacieuse il y a 15 ans, de nos équipes en charge de la R&D de choisir de généraliser le R290 à l’ensemble de nos développements s’avère aujourd’hui un choix performant, tactique et vertueux.

Philippe Dénecé
Philippe Dénecé
directeur général du Groupe Intuis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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