Le 6 mai, la PFA a signé le nouveau Contrat Stratégique de la Filière automobile (CSF) avec les ministres Bruno Le Maire, Catherine Vautrin et Roland Lescure. Quels sont ses objectifs principaux ?
Marc Mortureux : En 2018, la filière automobile en France s’est clairement positionnée comme une industrie des solutions face au défi climatique. Il s’agissait notamment de prendre le virage de l’électrification. Or, force est de constater que, sous l’effet des efforts sans précédent d’innovation et d’investisse- ment consentis par les acteurs de la filière, et du soutien de l’État, nous avons pleinement atteint notre objectif et, depuis, malgré une addition de crises, la part de marché des véhicules électriques, aujourd’hui autour de 18 %, a été multipliée par 10.
La nouvelle période qui s’ouvre est marquée par l’accélération sans précédent de la trajectoire que définit désormais la réglementation européenne : nous avons vendu 200 000 véhicules électriques en 2022, 300 000 en 2023, nous devrons en vendre un million en 2030. Le nouveau contrat stratégique de filière précise les conditions de réussite face à un tel défi et fixe les engagements à tenir par la filière, l’État et les régions pour y parvenir.
Le CSF prévoit un objectif de 400 000 points de recharge accessibles au public d’ici 2030. Quelles mesures concrètes seront mises en place pour y parvenir ?
M. M.: C’est l’une des conditions majeures de réussite de la transition. Pour être au rendez-vous des Accords de Paris, basculer la production des motorisations thermiques vers l’électrique est loin d’être suffisant. Il faut convaincre le consommateur et rendre la mobilité écologique accessible à tous. On pense naturellement aux aides à l’achat de véhicules électriques.
Mais rendre le véhicule électrique accessible à tous, c’est aussi garantir un réseau suffisant d’infrastructures de recharge. L’objectif visé en 2018 de 100 000 bornes a été atteint en avril 2023. Beaucoup d’efforts ont été faits.
Nous devons les amplifier avec pour horizon, en effet, un réseau de 400 000 bornes publiques en 2030. A l’appui d’un tel objectif, le programme ADVENIR, piloté par l’AVERE, est reconduit et doté de 200 millions d’euros supplémentaires. Mais, l’enjeu est aussi d’accélérer le déploiement de bornes de recharge rapides en particulier dans le cadre du règlement européen AFIR (Alternative Fuels Infrastructure Regulation) : l’objectif est d’atteindre au moins 25 000 points de recharge rapide d’ici fin 2027. Il faut en complément déployer un réseau de stations de recharge d’hydrogène pour les véhicules à pile à combustible.
Le CSF souligne l’importance de la transition énergétique, y compris la décarbonation et l’optimisation des process industriels. Concrètement, quelles en sont les implications au sein de la filière automobile française ?
M. M. : La filière et l’État s’appuient sur notre feuille de route de décarbonation qui identifie les leviers à actionner pour atteindre les objectifs fixés pour 2030 et s’inscrire dans l’objectif de neutralité carbone en 2050. Tous les acteurs de la filière sont impliqués : le passage du thermique vers l’hybride et l’électrique modifie très profondément les process industriels de fabrication et nécessite la création de nouvelles chaines de valeur. Investir en France a du sens car cela permet de bénéficier d’énergie décarbonée, notamment pour les batteries. Il faut pour cela gagner en compétitivité, mère des batailles de la filière, pour résister à une concurrence de plus en plus mondialisée.
Mais la décarbonation nécessite d’agir sur l’ensemble du parc automobile existant et pas seulement sur les véhicules neufs. Il faut mettre à disposition des carburants bas carbone pour le parc de véhicules thermiques, favoriser le renouvellement des vieux véhicules vers des véhicules plus propres, développer le rétrofit, former à l’écoconduite et stimuler le développement des mobilités partagées.

L’un des objectifs du CSF est de stimuler l’innovation pour reconquérir notre souveraineté technologique. Quelles sont les orientations technologiques prioritaires et comment comptez-vous mobiliser les acteurs de la filière pour atteindre ces objectifs ?
M. M. : Notre capacité à innover est cruciale pour l’avenir de notre industrie qui connait une transformation sans précédent depuis sa création. En matière d’innovation, l’ambition est du CSF est définie par notre feuille de route technologique, avec trois grands axes : la transition énergétique (moteur électrique, électronique de puissance, batteries, hydrogène…), la révolution numérique au bénéfice des nouvelles mobilités (architecture électronique et software-de- fined vehicle, véhicule connecté et automatisé…) et l’économie circulaire (matériaux recyclés et biosourcés, recyclage des batteries).
Les pouvoirs publics s’engagent à prolonger le dispositif CORAM de soutien à la R&D dans la filière Automobile et Mobilités sur l’ensemble de la durée du contrat, autour des priorités de la feuille de route technologique.
La transition vers une filière automobile électrifiée et numérisée nécessite de nouvelles compétences. Quelles actions seront entreprises pour anticiper les besoins en formation et requalification des salariés ?
M. M. : C’est l’un des axes forts de ce nouveau CSF. Il s’agit, d’une part, d’accompagner les salariés impactés par la fin progressive des motorisations thermiques, et d’autre part, de former et attirer les nouvelles compétences nécessaires aux entreprises pour réussir la montée en puissance dans les nouvelles chaines de valeur. L’enjeu et de taille. C’est pourquoi l’année 2024 sera marquée par le lancement d’un vaste programme d’attractivité piloté par la PFA. Et, pour relever le défi de la formation et des nouvelles compétences, nous nous appuierons sur le réseau de nos huit Campus des métiers et des qualifications (CMQ) de la filière automobile pour développer de nouveaux parcours de formation.
Enfin, dans le cadre de France 2030, à travers l’action de la PFA pour identifier les besoins et développer l’offre de formation sur les métiers d’avenir, une dizaine de projets structurants (batteries, hydrogène, électronique de puissance…), associant au cœur de nos régions industriels, grands acteurs et PME, et territoires, dessinent la stratégie emploi-formation de la filière pour les cinq prochaines années dans le cadre d’un financement conjoint de plus de 120 millions d’euros.
Quelles initiatives sont prévues pour promouvoir l’écoconception, le recours aux pièces de réemploi et le recyclage des matériaux ?
M. M. : Ce volet est notamment marqué par la volonté de mettre en place une filière complète de recyclage des batteries – c’est aussi un enjeu clé de souveraineté. Mais aussi une filière de recyclage pour les composants électroniques.
Pour s’inscrire dans la trajectoire de la feuille de route de décarbonation, l’ambition est de développer l’économie circulaire « à tous les étages », permettant de réduire la consommation de matière vierge, sécuriser une partie des approvisionnements en matériaux critiques et allonger la durée de vie des véhicules et des pièces et composants, entre autres pour leur maintenance et leur réparation. Ce virage de l’économie circulaire est sans doute l’un des volets marquants du CSF 2024-2027.






