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Les réseaux de distribution : un passage obligé vers une Europe de l’énergie

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Au cours des cinq dernières années, grâce aux efforts de la filière française et européenne des réseaux électriques, l’infrastructure énergétique s’est imposée dans les débats européens. Le chemin a été long mais, aujourd’hui, l’Union européenne a pris conscience que rien ne se fera sans les « grids » et, un an après la publication de la première stratégie européenne dédiée aux réseaux électriques, de nombreux chantiers sont engagés. Ensemble, ils devraient constituer le cadre réglementaire sur les réseaux esquissé par la nouvelle Commission européenne. Cependant, beaucoup reste à faire.

Pas d’électrification sans réseau de distribution

Nous vivons actuellement la seconde électrification de la France et du continent. La consommation d’électricité sur le périmètre du réseau géré par Enedis devrait augmenter de 15 % à l’horizon 2035, en cohérence avec les projections gouvernementales actuelles(1). Ce déplacement de la consommation d’énergies fossiles vers l’électricité nécessitera une production décarbonée accrue, y compris via les énergies renouvelables. Une telle évolution sollicitera davantage les gestionnaires de réseaux de distribution (GRD). D’ici 2030, 70 % des nouvelles capacités renouvelables en Europe seront raccordées au réseau de distribution(2). En France, cette part s’élève même à 90 % et Enedis vient de dépasser le cap historique du million d’installations d’énergies renouvelables fin septembre 2024.
Pourtant le Pacte vert pour l’Europe et le paquet Fit for 55 ont presque passé sous silence l’enjeu des réseaux électriques. La publication du Grid Action Plan a changé la donne, en prenant mieux en compte l’accès aux financements, la hausse des besoins en matériels, le déploiement de la mobilité électrique ou encore l’exploitation des flexibilités. Nous attendons désormais de la Commission européenne qu’elle assure le suivi de ce Grid Action Plan. L’évaluation promise du cadre réglementaire sur les réseaux est plus que nécessaire pour accompagner sur le long terme la croissance de l’électricité renouvelable, afin que le réseau soit prêt à répondre aux nouveaux besoins des consommateurs, des industriels et des producteurs.

2 400 distributeurs en Europe, mais un système électrique unique à financer et à renforcer

Il n’y a pas deux GRD identiques sur le continent. Avec 38,8 millions de clients et 1,4 million de kilomètres de lignes, Enedis est le plus grand GRD d’Europe. Cependant, tous partagent des besoins d’investissement colossaux. La dernière étude d’Eurelectric, l’association européenne de l’industrie électrique, confirme cette tendance et alerte sur le retard accumulé. Les investissements dans le réseau de distribution en Europe doivent atteindre 67 milliards d’euros par an jusqu’en 2050, soit le double des investissements actuels(3). Pour réussir, la Commission européenne présentera dès le début du mandat des lignes directrices pour les investissements anticipés.
Les gestionnaires de réseaux partagent également les mêmes défis techniques liés à un système énergétique de plus en plus complexe et décentralisé. L’EU DSO Entity, qui regroupe l’ensemble des GRD, travaille main dans la main avec ENTSO-E, représentant les 30 gestionnaires de transport de l’UE. Ensemble, ils établissent des règles communes pour garantir un système électrique européen fiable, moderne et performant. Dès l’année prochaine, de nouvelles prescriptions en matière de flexibilité, rédigées avec la Commission européenne et les régulateurs européens, nous permettront d’optimiser les besoins en investissements.
La numérisation du secteur de l’énergie doit rester au cœur des préoccupations européennes.
Avec le déploiement des compteurs communicants, les opérateurs de réseaux sont désormais des opérateurs de données et souhaitent renforcer l’interopérabilité au niveau européen. Cependant, le monde numérique n’a pas de frontières et les vulnérabilités sont communes. En matière de cybersécurité, une coopération européenne est indispensable. Elle doit s’appuyer sur le cadre rigoureux mis en place par les textes clés du précédent mandat.

(1) Source : Étude prospective 2035-2050, Enedis, 2024.
(2) Source : EU DSO Entity.
(3) Source : Grids for Speed, Eurelectric, 2024.

© Hauser Patrice

Préserver le métier de la distribution d’électricité

L’Europe doit protéger l’outil industriel que sont les réseaux de distribution. La capacité de production de certains équipements en Europe est actuellement saturée et insuffisante. Or, les GRD européens auront besoin du double de transformateurs d’ici à 2050 (4). La nouvelle stratégie industrielle, que devra développer le vice-président exécutif Stéphane Séjourné, ne doit pas oublier la concurrence mondiale à laquelle la filière des réseaux électriques fait face. Elle aussi doit pouvoir compter sur l’élaboration d’un fonds européen pour la compétitivité, la simplification des législations européennes en matière de passation de marchés publics et les efforts de normalisation pour renforcer la résilience et la compétitivité du marché européen.
Nous aurons également besoin d’attirer de futurs salariés vers nos métiers d’avenir et d’assurer des compétences solides dans la durée. L’Union des compétences promise par Ursula von der Leyen pourrait largement s’inspirer du programme des « Écoles des réseaux pour la transition énergétique™ », initié par un panel varié d’acteurs des réseaux électriques (Enedis et RTE), de branches professionnelles, d’opérateurs de compétences, de pouvoirs publics, d’acteurs de l’enseignement, de la reconversion et de la réinsertion.
L’Europe doit aussi donner aux GRD la capacité de bien faire, en garantissant la stabilité des réglementations. Cela concerne en particulier les législations relatives à la protection de l’environnement et à la lutte contre la pollution. Enedis mène une politique ambitieuse de réduction des gaz à effet de serre et choisit également ses transformateurs de façon à répondre aux normes européennes en matière environnementale et de performance énergétique. Le nouveau train de mesures autour de l’économie circulaire et de la réduction des déchets, ou de l’industrie chimique et de la limitation des PFAS, doit garantir une disponibilité suffisante de solutions alternatives pour les GRD. La poursuite des projets européens de protection de la biodiversité tels que Life est également un enjeu pour les gestionnaires de réseau dont les infrastructures peuvent avoir des impacts négatifs sur les milieux naturels.
Les GRD doivent aussi bien faire, malgré un dérèglement climatique dont les effets sont déjà tangibles. Depuis 1980, le changement climatique et les grands événements météorologiques ont coûté plus de 650 milliards d’euros à l’UE (5). Le nouveau plan européen d’adaptation au changement climatique doit permettre de renforcer la résilience des réseaux électriques face à des risques qui se multiplient. À ce titre, Enedis investit déjà plus d’un milliard d’euros par an pour moderniser le réseau et renforcer la résilience et l’adaptabilité du réseau français, face aux événements climatiques de plus en plus intenses et répétitifs.
Faire circuler tous ces nouveaux électrons constitue donc un défi technique, financier, industriel, environnemental et humain pour les réseaux électriques. L’expertise et la performance opérationnelle d’Enedis sont les fondations du modèle « à la française » du service public de distribution d’électricité qu’il faut continuer de promouvoir et de défendre au cours de ce nouveau mandat européen.

(4) Source : Grids for Speed, Eurelectric, 2024.
(5) Source : Banque mondiale, 2024.

Rémy Garaude-Verdier
Rémy Garaude-Verdier
directeur des Affaires européennes d’Enedis
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