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« La région Île-de-France, cheffe de file sur l’air, l’énergie et le climat »

Par le

La France s’est engagée à atteindre la neutralité carbone en 2050. La Région Île-de-France partage-telle un objectif similaire à l’échelle de son territoire ? Pouvez-vous nous préciser quelle est sa feuille de route ?

Valérie Pécresse : La lutte contre le réchauffement climatique est l’une des priorités de l’action régionale depuis 2016. En tant que cheffe de file sur l’air, l’énergie et le climat, la Région Île-de-France est pleinement engagée dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, notamment à travers sa stratégie régionale énergie-climat qui a fixé en 2018 l’objectif de tendre vers une région 100 % énergie renouvelable et zéro carbone. Cet objectif a été réaffirmé à l’occasion de la Conférence régionale sur le climat organisée en septembre 2020, qui a abouti à une feuille de route avec 192 propositions pour une région « ZAN (zéro artificialisation nette), ZEN (zéro émissions nettes) et circulaire ».

L’engagement de la Région en matière de lutte contre le changement climatique a ensuite été complété avec l’adoption d’un Plan de protection, de résistance et d’adaptation de la région Île-de-France face au changement climatique en septembre 2022. La Région poursuit aujourd’hui sa mobilisation contre le dérèglement climatique avec la traduction de cet engagement dans les travaux de révision du schéma directeur de la région Île-de-France (SDRIF), pour le transformer en un SDRIF-E, intégrateur des enjeux environnementaux, climatiques et d’aménagement, ainsi que celle du schéma régional climat air énergie (SRCAE).

En retard sur le déploiement des énergies renouvelables, la France doit accélérer dans ce domaine. Quels sont les énergies renouvelables privilégiées dans la Région ?

V. P. : Dès 2018, la Région a souhaité engager une nouvelle politique pour rattraper le retard accumulé depuis des années en matière de transition énergétique en Île-de-France. La stratégie régionale énergie-climat se fixe comme objectif à 2050 une diminution de 40 % de la consommation d’énergie et une multiplication par 4 de la production d’EnR sur le territoire. Ceci permettrait à la Région d’être 100 % EnR et de n’importer plus que 50 % de son énergie.

La Région dispose de nombreux atouts pour développer les EnR&R, notamment un potentiel de solaire photovoltaïque en toiture et ombrière et un potentiel exceptionnel de géothermie profonde couplé à un habitat dense favorable à la création de réseaux de chaleur et de froid.

Ainsi, depuis 2016, la Région a investi 185 M€ pour permettre à des projets d’énergies renouvelables et de récupération de s’implanter en Île-de-France. La Région travaille en parallèle au développement de la filière hydrogène notamment à travers l’usage mobilité. Elle renforcera notamment son aide à l’achat de véhicules hydrogène pour les professionnels en subventionnant jusqu’à 15 000 € pour un véhicule léger et 30 000 € pour un utilitaire.

Pensez-vous que les régions aient les prérogatives et les moyens nécessaires pour mener la transition énergétique ? Quelles sont les marges de progrès ?

V. P. : Les lois MAPTAM, NOTRE et 3DS ont confirmé le rôle de chef de file des régions en matière de planification énergétique. C’est donc l’échelon régional qui coordonne l’action territoriale en matière de climat, d’air et d’énergie à travers notamment l’élaboration des grands schémas régionaux tels que le SRCAE à l’échelle francilienne. Ce rôle de « chef d’orchestre » est clairement porté par la Région depuis 2016, au travers d’une politique de développement des EnR&R volontariste ainsi que par l’élaboration et l’adoption des différents plans cités précédemment. La loi 3DS ouvrant la possibilité à des propositions d’expérimentations, la Région proposera des organisations nouvelles de gestion d’enveloppes financières pour toujours mieux accompagner les territoires.

Faisant directement le lien avec la transition énergétique, la qualité de l’air revêt une importance particulière pour les Franciliens. Quelles sont les actions de la Région en ce sens ?

V. P. : La qualité de l’air est une de mes premières préoccupations. À mon arrivée à la Région, j’ai d’ailleurs pris ce sujet, alors totalement orphelin, à bras le corps en lançant dès 2016 le plan « Changeons d’air en Île-de-France ». Nous nous sommes mobilisés dans tous les secteurs : la qualité de l’air dans les stations, dans les bâtiments publics, les crèches, les écoles, les émissions liées aux vieux appareils de chauffages au bois (un tiers des émissions de particules fines primaires) avec le fonds Air-Bois et celles liées aux véhicules polluants.

Nous pouvons nous féliciter car la qualité de l’air s’améliore rapidement et durablement en Île-de- France, les concentrations de polluants sont en baisse de 35 % pour les PM10, de 40 % pour les PM2,5 et 30 % pour le NO2 entre 2011 et 2021.

Les valeurs limites réglementaires françaises sont respectées pour tous les autres polluants et les Franciliens exposés aux dépassements de seuils sont moins de 60 000 aujourd’hui. Ils étaient 2,9 millions en 2010 !

Néanmoins, les niveaux de pollution restent supérieurs aux nouvelles valeurs recommandées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la situation se dégrade pour l’ozone.

Nous avons donc adopté en mars dernier un plan, baptisé « Nouvel AIR » (2022-2027) qui prend le relais du plan voté pendant la première mandature. Nous y cherchons d’avantage d’efficacité dans l’action régionale mais aussi à nous attaquer à de nouvelles problématiques.

Je pense notamment aux émissions d’ammoniac liées aux activités agricoles pour laquelle nous allons mener, en lien avec la profession agricole et l’ADEME, un plan d’action pour accompagner les agriculteurs volontaires afin de faire évoluer leurs pratiques les plus émissives.

C’est aussi le cas des allergies au pollen qui pèsent sur la vie d’un Francilien sur dix. En déployant un réseau de capteurs couplé à un système d’alerte, nous souhaitons aider les personnes sensibles à prendre leur traitement au bon moment pour limiter au maximum les impacts des allergies sur leur quotidien.

Notre politique régionale en faveur de la qualité de l’air continuera bien sûr à s’appuyer sur des transports en communs propres. Ce sont ainsi déjà environ 3 500 bus propres soit 35 % de la flotte qui circulent au 1er avril 2023. L’objectif que s’est fixé Île-de-France Mobilité est d’atteindre 100 % de véhicules propres en 2025 dans l’urbain dense et 100 % en 2029 pour l’ensemble du réseau.

En parallèle, la Région participe à l’amélioration de la qualité de l’air dans les espaces souterrains des transports en communs, encourage les nouvelles mobilités (vélo-électriques, RER vélo, co-voiturage) et accompagne les Franciliens dans l’acquisition de véhicules propres principalement électriques ou encore dans la conversion de leur chauffage polluant ou fonctionnant avec des énergies fossiles.

Nous soutenons aussi des programmes de recherche et les innovations afin de réduire les impacts d’une mauvaise qualité de l’air. Je précise que nous nous intéressons également à la qualité de l’air intérieur en accompagnant les crèches et les écoles à disposer d’une ventilation efficace et à installer des purificateurs d’air et des appareils de mesure du CO2. Comme vous le voyez, nous adressons la problématique de la qualité de l’air dans toutes ses dimensions et avec tous les leviers dont nous disposons.

Visite de l’usine Renault Flins en 2022.
© Aymeric Guillonneau

La décision de recentrer la société d’économie mixte (SEM) Île-de-France Énergies vers le parc tertiaire a été très largement commentée dans la presse. Pourquoi cette décision ?

V. P. : Si nous n’avions rien fait, la SEM aurait dû être dissoute : Elle n’a jamais été bénéficiaire en 10 ans, elle a perdu plus de 5 M€ malgré une recapitalisation en 2018. 10 | GRAND ENTRETIEN Valérie Pécresse, présidente de la Région Île-de-France La Région Île-de-France a fait le choix de préserver l’activité de la SEM là où d’autres régions, confrontées aux mêmes difficultés, ont fait le choix de liquider l’entreprise, comme en Nouvelle-Aquitaine.

Les nouvelles orientations ont permis de présenter un budget à l’équilibre dès 2024, notamment grâce à une meilleure sélection des copropriétés accompagnées et les premières mutualisations entre les deux SEM. Le tertiaire est aussi un enjeu important car les collectivités et les TPE/PME subissent de plein fouet le double impact de la crise économique et énergétique, ainsi que les contraintes du décret tertiaire.

La région Île-de-France a pour spécificité d’avoir un parc important d’appartements en milieu urbain dont une partie est classée dans la catégorie des passoires thermiques. Comment la Région soutient-elle ces rénovations complexes ?

V. P. : La Région a fait de la lutte contre la précarité énergétique un de ses axes prioritaires d’action en matière de logement. Elle a récemment renforcé ses aides ciblées sur les plus précaires. Son aide aux passoires thermiques du parc social a ainsi été étendue en 2022 aux logements classés E, alors qu’elle était auparavant limitée aux logements classés F ou G, et son objectif de résorption des passoires thermiques a été avancé à 2028 au lieu de 2030 à travers le plan d’adaptation au changement climatique. En trois ans, ce sont plus de 12 000 logements qui ont été rénovés dans le parc social pour plus de 24 M€ de crédits.

La Région soutient aussi les copropriétés dégradées qui, après avoir obtenu un label régional, peuvent bénéficier d’une subvention pouvant aller jusqu’à 14 000 € par lot d’habitations pour des travaux de réhabilitation intégrant un volet dédié à la transition énergétique. Au total, depuis 2016, ce sont plus de 8 200 copropriétés sous label dont les travaux de rénovation thermique ont été subventionnées pour un montant de près 30 M€.

Le projet Grand Paris Express continue sa progression. Où en est-on aujourd’hui et quels sont ses impacts attendus ?

V. P. : Nous avons fait du renforcement des transports une priorité pour offrir aux Franciliens de vrais choix pour leurs déplacements. Pour le Grand Paris Express, l’année 2023 est une année charnière pour le projet. Une part très importante des travaux de génie civil conduits par la Société du Grand Paris est désormais derrière nous, laissant place à la pose des voies, aux travaux de second oeuvre et à l’aménagement des stations.

Les ouvertures des gares d’Orly et Saint-Denis-Pleyel pour mi-2024 se préparent activement et les essais dynamiques vont démarrer au deuxième semestre 2023 sur les voies de la 15 Sud. Nous sommes également dans la dernière ligne droite avant l’attribution des délégations de services publics pour préparer l’exploitation. Le futur gestionnaire de la gare d’Orly doit être désigné en avril, l’opérateur des lignes 16 et 17 en mai 2023, et celui de la ligne 15 en juillet. Le gestionnaire d’infrastructure (RATP-GI) entame quant à lui une campagne de recrutements massifs, soit plus de 250 collaborateurs d’ici 2024.

Mais les transports, au-delà de la mobilité, sont de véritables outils de planification urbaine. Les impacts de ce projet, qui a également des composantes immobilières et culturelles, sont nombreux. On peut citer notamment le renforcement des mobilités entre les quartiers autour des 68 nouvelles stations et le soutien au développement économique et durable des pôles majeurs d’activités.

La zone à faibles émissions mobilité du Grand Paris va avoir un grand impact sur les déplacements des Franciliens. Quel regard portez-vous sur ce dispositif ?

V. P. : Pour être efficace et socialement acceptable, la mise en place de la zone à faible émission doit être accompagnée de mesures de soutien. C’est pourquoi, dès sa mise en place, la Région a souhaité intervenir à travers son dispositif « Véhicules propres » instauré en 2017. Initialement destiné aux artisans et aux petites entreprises, le dispositif a été élargi afin de permettre notamment aux particuliers habitant en grande couronne et travaillant à l’intérieur de la ZFE de pouvoir renouveler leur véhicule.

Je me suis également positionnée pour un report de 18 mois de l’application de la ZFE pour les véhicules critère 3 des particuliers initialement prévue en juillet 2023. Je me réjouis que la Métropole du Grand Paris ait annoncé ce report, même si nous préconisons un maintien de la date initiale pour les professionnels, car beaucoup d’entre-deux ont déjà pris les devants et nous sommes prêts à accompagner les autres.

En effet, nous avons décidé, dans le cadre de notre nouveau plan Air, de mettre l’accent sur l’aide à la transition des flottes professionnelles en aidant jusqu’à cinq véhicules par entreprise et jusqu’à dix pour les entreprises de livraison. Il est en effet beaucoup plus efficace de travailler sur les flottes professionnelles qui produisent cinq fois plus d’émissions par véhicule que les particuliers.

Valérie Pécresse
Valérie Pécresse
présidente de la Région Île-de-France
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