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Enedis, au service de la nouvelle France électrique

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On dit que les réseaux électriques vont être confrontés à un mur d’investissement. Si oui, comment Enedis pourra-t-il y faire face ?

Dominique Lagarde : La transition écologique est un défi industriel et humain pour l’opérateur de réseau qu’est Enedis mais aussi pour tous les Français, les pouvoirs publics et les entreprises. Nous l’avons résumé pour notre part dans la raison d’être d’Enedis « Agir pour un service public de la distribution d’électricité innovant, performant et solidaire. Raccorder la société au défi collectif d’un monde durable ».
Pour rendre le réseau plus résilient aux aléas climatiques et répondre au développement des usages de l’électricité et de la production des énergies renouvelables, Enedis a établi un programme d’investissement de 96 milliards d’euros (en € 2021) sur la période 2022-2040, soit environ 5 milliards par an, ce qui représente 25 % de plus que le rythme des années 2010.
Enedis s’appuie sur le tissu industriel français : 90 % de nos achats sont réalisés auprès de sociétés basées en France et même 98 % pour les entreprises de travaux. Ce surcroît d’activité nous conduit à renforcer nos équipes, avec 10 000 recrutements prévus d’ici à 2027, mais aussi à améliorer notre performance opérationnelle en matière de productivité et de satisfaction clients. La CRE, qui fixe le tarif d’utilisation du réseau public, veille à ce que celui-ci soit soutenable pour les clients.

En quoi le déploiement des nouveaux usages de l’électricité et le raccordement des énergies renouvelables ont-ils changé le métier du distributeur d’électricité ?

D. L. : La transition écologique se traduit par une deuxième électrification de la France. La mobilité électrique, le développement des pompes à chaleur, des énergies renouvelables, de l’autoconsommation, etc. 90 % du solaire et de l’éolien terrestre sont raccordés au réseau public de distribution. On assiste à une prise de conscience collective du rôle des réseaux électriques pour réussir la transition et des investissements nécessaires pour la mettre en œuvre.
En coopération avec le régulateur et la Direction générale de l’énergie et du climat, Enedis est de plus en plus agile en matière de conditions de raccordement de façon à accueillir le plus d’installations sans attendre les travaux de renforcement. Cette agilité sera également nécessaire pour conduire le réseau alors que les flux se font dans les deux sens et que les variations d’intensité seront plus fréquentes et plus marquées.
Le distributeur est devenu également opérateur et producteur de données. Des données recueillies via le compteur Linky bien sûr, mais aussi une capacité d’observation de l’évolution des comportements de chaque territoire. Enedis assure la protection des données individuelles et commerciales et met à disposition, sous forme brute ou avec valeur ajoutée, des données agrégées, par exemple avec notre site l’Observatoire de la transition écologique.

L’équilibre du système électrique va nécessiter de faire appel à de plus en plus de mécanismes de flexibilité. Quels sont ceux qu’Enedis peut développer ?

D. L. : L’équilibre entre l’offre et la demande va désormais être assuré avec la contribution des installations connectées au réseau de distribution. En effet, les besoins de flexibilité augmentent avec la production éolienne et solaire.
D’ores et déjà, pour passer l’hiver 2022-2023, les pouvoirs publics ont pu compter sur Enedis pour décaler la chauffe des ballons d’eau chaude entre 12 h et 14 h. La pointe de consommation a diminué de 2,3 GW, la puissance de deux réacteurs nucléaires. Le placement des heures pleines et heures creuses apporte également une contribution pour inciter à consommer au moment où la production est plus abondante.
Au-delà de ces flexibilités « hors marché », Enedis va amplifier sa contribution au bon fonctionnement des marchés nationaux, en lien avec RTE. Il s’agit de qualifier les flexibilités disponibles sur le réseau de distribution, de moderniser les outils de conduite, d’anticiper le comportement des sites qui pour certains seront en situation de soutirer et d’injecter, et de renforcer l’action d’Enedis en matière de données de consommation et d’attestation des flux observés sur le réseau.
Enfin, Enedis fera appel aux capacités d’effacement des clients pour traiter des congestions du réseau de transport ou du réseau de distribution. Enedis teste le marché dès maintenant sous la forme d’appels d’offres, le dernier ayant été lancé en mars 2024.

L’équipement en bornes de recharge de véhicules électriques des bâtiments collectifs à usage résidentiel est un défi majeur. Que peut faire Enedis pour accélérer cet équipement ?

D. L. : Enedis et les pouvoirs publics ont créé les conditions pour que les copropriétés puissent s’équiper en bornes de charge. La décision d’équipement relève de la copropriété au rythme des initiatives des copropriétaires et des assemblées générales. Enedis a pour sa part créé une équipe dédiée et alloué des investissements afin de tenir la cadence, dans tous les cas de figure : extension du réseau public de distribution dans les parkings ou raccordement en pied d’immeuble d’une installation privée.
À fin mars 2024, Enedis estime que 7 000 copropriétés (3 %) sont équipées.
Le défi est donc majeur pour les prochaines années, quand on sait que les propriétaires de véhicules électriques se rechargent principalement à leur domicile.

L’autoconsommation photovoltaïque, individuelle ou collective, est en plein essor. Pour Enedis, est-ce un problème ou une solution ?

D. L. : Ni l’un, ni l’autre ! Enedis est en quelque sorte le support indispensable à l‘autoconsommation.
Le réseau met en relation les participants à une autoconsommation collective, répond à leur besoin d’électricité complémentaire ou collecte le surcroît de production. Enedis apporte aussi les chiffres de consommation et de production à la communauté (les bons comptes font les bons amis !).
L’auto-consommateur individuel repose aussi sur le réseau pour collecter sa production quand il consomme peu et être alimenté en l’électricité quand il consomme plus qu’il ne produit.
Les chiffres sont consultables sur l’Observatoire de la transition écologique d’Enedis. À fin 2023, les installations d’autoconsommation individuelle sont au nombre de 440 000, en forte croissance, et représentent une puissance installée de 2 260 MW.
À fin mars 2024, 380 opérations d’autoconsommation collective sont en cours (dont 60 % portées par des collec- tivités locales), pour 4 900 participants et une puissance installée de 26,8 MW. Il y a 5 ans, on en comptait à peine une dizaine.

L’équipement du pays en compteurs Linky est pratiquement achevé. Quel bilan peut-on en faire ?

D. L. : A fin 2023, 36,8 millions de compteurs ont été déployés, il reste 2,4 millions de foyers qui seront équipés au fil de l’eau. Le programme industriel s’est déroulé dans le respect des délais et des coûts.
Le bilan est très positif, pour les clients et pour Enedis. À fin 2023, 68 % des Français ont une bonne opinion du compteur Linky.
Le premier bénéfice est la relève à distance des index de consommations, avec une performance supérieure à 98 %. À la demande du client, il est également possible de modifier à distance la puissance souscrite par le client auprès de son fournisseur d’électricité. Les Français ont également adopté Linky pour mieux connaître et maîtriser leur consommation, en direct sur leur espace privé sur le site Enedis, ou via leur fournisseur d’électricité. Dans une enquête menée fin 2022 par Enedis auprès de ses clients, 82 % des particuliers déclaraient suivre la consommation électrique de leur foyer très régulièrement ou de temps en temps et 62 % aimeraient même la suivre quotidiennement.

Dominique Lagarde
Dominique Lagarde
directeur de la Stratégie Enedis

 

 

 

 

 

 

 

 

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