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Le bâtiment : un secteur prêt pour la révolution numérique ?

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L’entrée en vigueur, le 17 août dernier, de la loi de transition énergétique pour la croissance verte[1] a entériné les engagements pris par la France en matière d’efficacité énergétique, de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de déploiement des énergies renouvelables pour 2020, 2030 et 2050. Ces objectifs ne pourront être atteints que si les secteurs du bâtiment et de l’énergie démontrent leur capacité à construire mieux, plus rapidement et moins cher et si le consommateur devient, grâce à la fourniture de solutions simples de calcul et d’optimisation de sa consommation, un véritable acteur de la transition énergétique. Cette équation particulièrement complexe trouve une solution par l’arrivée à maturité de technologies numériques (domotique, compteurs communicants, smart grids, maquette numérique, etc.) qui, d’une part, permettent d’optimiser le processus de construction (1) et, d’autre part, rendent le consommateur acteur de l’optimisation de ses usages énergétiques (2).

Le numérique : une révolution de l’art de construire ?

Construire un logement est un acte complexe, surtout lorsqu’on prend en considération les nombreuses normes et règlementations applicables et la collaboration malaisée des différents acteurs impliqués (architecte, maître d’ouvrage, corps de métiers, bureau d’études, etc.).

Cette problématique a conduit au développement de solutions numériques dédiées.

Déjà adoptées avec succès dans de nombreux pays[2], des technologies comme la maquette numérique (ou « BIM » pour « Bâtiment et informations modélisées ») permettent en effet aux acteurs d’un projet de construction de collaborer ensemble à la création d’un fichier commun permettant de visualiser et d’appréhender le projet en 3D (structure, portes, fenêtres, parois, chauffage, isolant, etc.) tout au long du cycle de vie du bâtiment construit. L’abandon des nombreux documents papier réalisés par chacun des membres du projet au profit d’un fichier numérique commun présente des avantages immédiats : les erreurs sont plus facilement repérables et peuvent être corrigées avant même la phase chantier d’où un gain de temps et une réduction des coûts[3] ; la performance énergétique du projet peut être simulée en cohérence avec les données entrées par les professionnels et la conservation des données permet au propriétaire de connaître précisément les caractéristiques techniques de son bien, ce qui s’avèrera utile sur le long terme en cas de travaux de rénovation[4].

La démocratisation de ces outils est en cours en France : les pouvoirs publics ont lancé, au cours de ces derniers mois, plusieurs initiatives en faveur de la numérisation du secteur du bâtiment dont le « Plan de transition numérique du bâtiment » (PTNB) et le « Programme d’action pour la qualité de la construction et la transition énergétique » (PACTE).

La transition numérique appelée de ses vœux par les pouvoirs publics nécessitera cependant de convaincre les professionnels français – très attachés à leurs méthodes de travail traditionnelles – de l’intérêt de ces technologies[5] et de répondre à des problématiques telles que la formation des différents corps de métier, la propriété des données partagées, la répartition des risques juridiques ou encore l’accessibilité financière pour les PME françaises[6]. L’effort pourrait malgré tout en valoir la peine : d’après une étude du cabinet McKinsey[7] de septembre 2014, les entreprises réussissant leur mutation numérique pourraient connaître une augmentation potentielle brute de leur résultat opérationnel de 40% et une valeur économique de 1000 milliards d’euros serait potentiellement engendrée d’ici 2025 en France.

Le numérique : futur levier d’optimisation de la production et de la consommation d’énergie ?

Le caractère intermittent de la production énergétique d’origine renouvelable va nécessiter, en cas de déploiement massif de ces types d’énergies et de démocratisation des solutions d’autoproduction et de stockage[8], de mettre en place des réseaux électriques intelligents ou « smart grids » pour éviter les pannes et mieux gérer les épisodes de pics de consommation.

La première étape du développement de ces réseaux intelligents va se jouer au cours des prochains mois, la fin 2015 coïncidant avec les premières installations de compteurs intelligents « Linky » (électricité) et « Gazpar » (gaz naturel)[9]. Rendus obligatoire par une directive européenne[10], ces compteurs ont en effet pour objet de faire de la maison un maillon intelligent du réseau électrique central et d’inciter le consommateur à un usage plus responsable de l’énergie[11] : le consommateur disposera d’une information en temps réelle et non plus estimée de sa consommation, saura quels sont ses principaux postes de dépenses et sera alerté en cas de surconsommation ; le fournisseur d’énergie pourra, lui, procéder aux relevés de consommation et aux changements de puissance sans déplacer ses équipes, repérer précisément les pannes sur le réseau, faciliter l’insertion de l’électricité renouvelable sur le réseau et inciter le consommateur à adapter son comportement en cas de pointe grâce à des offres tarifaires différenciées. Le succès de ces compteurs dépendra cependant de la capacité des pouvoirs publics et des acteurs du secteur d’apporter des solutions concrètes aux problématiques liées notamment à la vie privée de l’usager, à leur simplicité d’usage et aux risques de coupure facilitée pour les ménages précaires.

Si, pour un usager, la première étape de l’optimisation de ses factures énergétiques est la fourniture d’une information détaillée et en temps réel sur sa consommation, la seconde étape est la gestion active de cette même consommation. De nouvelles solutions technologiques, telles que la domotique, ont émergé au cours de ces dernières années et permettent à l’usager de bénéficier d’un contrôle automatisé des différents équipements électriques de son logement et, le cas échéant, de réduire ses factures[12]. Grâce à un système de capteurs, de thermostats et de programmation de scénarios types, les appareils électriques voient leur fonctionnement optimisé pour une réduction de la consommation d’énergie (le chauffage et l’éclairage ne se déclenchent qu’en cas de présence dans une pièce et ne dépassent pas une intensité prédéterminée, les appareils sont coupés en cas d’inutilisation et non plus mis en veille, la climatisation se coupe en cas d’ouverture d’une fenêtre, etc.). Longtemps restées dans l’ombre des solutions de gestion passive de l’énergie (isolation du logement), les équipements de gestion active de l’énergie sont désormais reconnus par les pouvoirs publics comme une option viable : la prochaine règlementation thermique pour l’existant prévoira ainsi les cas où ce type d’équipement devra être installé[13] et le Gouvernement a fixé un objectif de 80 000 logements équipés de ces technologies dans le cadre de l’adaptation des logements au vieillissement de la population (les solutions d’automatisation permettant également de faciliter le maintien à domicile des personnes âgées ou handicapées : ouverture automatique des portes et fenêtres, alarme en cas de fuite de gaz, système antichute, etc.).

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La numérisation du secteur du bâtiment est en marche, comme en attestent les nombreuses technologies mises en avant par les pouvoirs publics au cours de ces derniers mois. Cependant, comme toute révolution, la transformation annoncée des habitudes des consommateurs/professionnels peut engendrer certaines inquiétudes auxquelles il va falloir trouver des réponses concrètes. C’est à ce prix que pourront être démocratisées des technologies susceptibles de jouer un rôle majeur dans la reprise économique du secteur du bâtiment et l’atteinte des objectifs de la politique énergétique française.

Article rédigé avec le concours de Antoine Vitela

[1] Loi n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte.

[2] Etats-Unis, Grande-Bretagne, Singapour, Corée du Sud, Pays-Bas, Norvège, Danemark, Finlande, Espagne, Hong-Kong, etc.

[3] D’après une étude réalisée par le cabinet McGraw-Hill construction pour la période 2007-2012 aux Etats-Unis, la maquette numérique a permis en 2012 de réduire en moyenne les erreurs de 52%, les litiges de 28%, la durée du chantier de 32% et d’augmenter les profits de 36%.

[4] Cette utilisation possible de la maquette numérique fait d’ailleurs écho au futur « carnet numérique de suivi et d’entretien du logement » crée par l’article 11 de la loi de transition énergétique pour la croissance verte du 17 août 2015. Ce carnet, qui « mentionne l’ensemble des informations utiles à la bonne utilisation, à l’entretien et à l’amélioration progressive de la performance énergétique du logement et des parties communes lorsque le logement est soumis au statut de la copropriété », sera obligatoire à partir du 1er janvier 2017 pour les projets de construction et à partir de 2025 pour les mutations.

[5] D’après le PTNB, 60% des professionnels du BTP ne veulent pas adopter la maquette numérique.

[6] 94,5% des entreprises du bâtiment en France…

[7] « Accélérer la mutation numérique des entreprises : un gisement de croissance et de compétitivité pour la France », septembre 2014.

[8] Notamment dans le cadre de la généralisation, d’ici quelques années, des bâtiments à énergie positive. L’article 8 de la loi de transition énergétique pour la croissance verte du 17 août 2015 prône d’ailleurs l’exemplarité des bâtiments publics qui devront être, dès que possible, à énergie possible (les caractéristiques seront prévues par décret en Conseil d’Etat). Pour les bâtiments privés, il faudra attendre l’entrée en vigueur de la prochaine règlementation thermique.

[9] Les phases pilotes commenceront en décembre 2015 et le déploiement lui-même débutera en 2017 pour s’achever normalement en 2021. Au total, 35 millions de compteurs Linky et 11 millions de compteurs Gazpar seront respectivement installés à titre gratuit par ERDF et GRDF.

[10] Article 13 de la directive 2012/27/UE du 25 octobre 2012 sur l’efficacité énergétique. A noter que l’article 28 de la loi de transition énergétique pour la croissance verte du 17 août 2015 prévoit une sanction pécuniaire si les gestionnaires de réseaux ne déploient pas les compteurs communicants et/ou ne respectent pas leurs obligations vis-à-vis des fournisseurs d’énergie et de leurs clients.

[11] Dans ses délibérations techniques sur Linky et Gazpar, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) estime que les compteurs permettront une économie d’énergie de l’ordre de 1/1,5%.

[12] L’usager peut également contrôler lui-même l’ensemble des équipements électriques de son logement grâce à n’importe quel appareil connecté (smartphone, tablette, ordinateur, etc.), par exemple, lorsqu’il veut mettre en arrêt tous les appareils de son logement ou enclencher par avance le chauffage quand il s’apprête à rentrer chez lui. 10% de la facture énergétique pourrait ainsi être économisés.

[13] Article L111-10 du Code de la construction et de l’habitation.

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