TotalEnergies est l’un des majors du secteur de l’énergie dans le monde. Mais son berceau reste la France. Quel rôle joue aujourd’hui la France pour TotalEnergies ?
Isabelle Patrier : Nous sommes une entreprise française qui a fêté ses 100 ans en 2024 ! Un tiers de nos collaborateurs sont sur le territoire français, le siège de la Compagnie ou encore la majorité de nos centres de recherche. Nous contribuons à la fois à la sécurité énergétique et à l’approvisionnement du territoire en carburants, en gaz et en électricité. Nos investissements continus dans la transition énergétique et dans notre outil industriel favorisent l’activité, l’innovation et l’emploi dans notre pays d’ancrage qu’est la France.
Depuis 2020, TotalEnergies a investi plus de 8 milliards d’euros en France dont près de la moitié dans la transition énergétique de ses sites et des produits pour ses clients en transformant son offre d’énergies. Avec un parc renouvelable de plus de 430 sites (centrales éoliennes, solaires, hydrauliques et de stockage par batteries) nous plaçant dans le top 3 des électriciens renouvelables du pays avec plus de 2 GW de capacité installée, nous fournissons de l’électricité à plusieurs millions de Français. Vous le voyez, notre ancrage est résolument français !
Quel projet, sur le territoire national, incarne le mieux le virage stratégique de TotalEnergies ?
I.P. : Cette année, nous avons été choisis pour développer et opérer le plus grand projet d’énergie renouvelable jamais lancé en France, ce qui est une immense fierté pour nos équipes. Ce parc offshore de 1,5 GW, situé en Manche, représente un investissement de 4,5 milliards d’euros. Et pour la première fois, un lauréat d’appel d’offres en France a fait le choix de mettre en œuvre la préférence européenne pour les équipements, éoliennes et câbles électriques. C’est un engagement fort de TotalEnergies en faveur de l’industrie européenne ! Par ailleurs, la Normandie, territoire pionnier de l’éolien en mer, dispose déjà d’un écosystème de PME spécialisées dans le câblage, l’électricité, le BTP, le terrassement et pourra bénéficier de retombées économiques. Ce projet qui vient renforcer cette dynamique régionale contribuera à la création de 2 500 emplois pendant la durée de construction. Le projet Centre Manche 2 marque notre volonté d’accélérer et de conforter notre trajectoire. Nous poursuivons donc notre croissance en doublant nos capacités de production à 4 GW en 2030, et ce projet ajoutera 1,5 GW en 2033.

semblable au futur parc « Centre Manche 2 » en Normandie.
© TotalEnergies
Progressivement, TotalEnergies est donc devenu un acteur majeur de l’électricité en France. Pourquoi ce positionnement ?
I.P. : L’électricité est un nouveau métier pour TotalEnergies. Nous souhaitons être un acteur entièrement intégré sur la chaîne de valeur de l’électricité : de la production via nos sites (solaires, éoliens) au pilotage via nos centrales à gaz françaises et sur la brique essentielle qu’est le stockage grâce notamment aux batteries produites par notre filiale Saft. In fine, ce que nous voulons c’est accompagner nos clients dans leur propre transition énergétique que ce soit via des contrats de fournitures d’électricité renouvelable à des grands industriels comme Saint-Gobain ou STMicroelectronics ou pour accompagner le développement de la mobilité électrique sur le territoire. Nous sommes convaincus que la décarbonation passera majoritairement par l’électrification des usages.
On le voit maintenant sur les autoroutes, TotalEnergies est un acteur majeur de la mobilité électrique. Les résultats sont-ils à la hauteur de vos attentes ?
I.P. : Nous nous réjouissons de cette position de leader de la recharge haute puissance sur autoroute en France. Nous avons à cœur d’offrir à nos clients une offre de recharge rapide, fiable, accessible partout et surtout parfaitement adaptée à leurs usages. Nous avons aussi choisi d’installer près de 30 000 points de recharge sur l’ensemble du territoire, dont près de 4 500 au sein de concessions publiques situées dans les métropoles et communes périurbaines, contribuant à un maillage territorial cohérent et accessible pour tous les Français. Depuis 2024, nous accompagnons de nouvelles villes et métropoles pour y installer et opérer des points de recharge comme à Rungis, Lyon, Lille et Bordeaux.
Nous avons d’ailleurs récemment conclu un partenariat avec la Banque des Territoires pour créer une plateforme d’investissement destinée à soutenir le déploiement des infrastructures de recharge pour véhicules électriques en France.
Afin d’accompagner cette dynamique, nous avons recruté des « bornistes » qui accueillent désormais, pendant les vacances scolaires, les usagers de véhicules électriques sur autoroutes pour les aider et les conseiller sur la recharge dans une centaine de stations sur autoroutes.
TotalEnergies est historiquement un fournisseur de carburant pour les mobilités (terrestre, aérienne, maritime). Comment TotalEnergies a-t-il pris le virage des biocarburants ? Sur quelles filières vous positionnez-vous ?
I.P. : Notre souhait, c’est avant tout d’accompagner nos clients avec l’énergie la moins chère et la plus propre, dans le panel complet des énergies qu’ils recherchent, qu’il s’agisse de carburants routiers, aériens, maritimes ou de gaz.
Sur les biocarburants aériens en particulier, TotalEnergies est fortement mobilisée pour répondre à la demande croissante du secteur aérien de réduire son empreinte carbone. Les Sustainable Aviation Fuel (SAF) sont indispensables pour réduire immédiatement les émissions de CO2 du transport aérien et nous sommes un des leaders européens de la production de carburants aériens durables. La démarche a supposé bien sûr de transformer certaines de nos raffineries en bioraffineries. À La Mède, dans les Bouches-du-Rhône, nous avons transformé notre plus ancienne raffinerie française – qui fête cette année ses 90 ans – en bioraffinerie. C’était une première dans le pays. Grâce à près de 400 millions d’euros investis, nous y produisons depuis 2019 l’équivalent du diesel, le HVO, fabriqué uniquement à partir de déchets comme des huiles de cuisson usagées. Ce biodiesel 100 % d’origine renouvelable ne nécessite aucune adaptation sur les moteurs et est distribué partout en France pour décarboner les flottes de poids lourds, transports publics, machines agricoles, matériel de construction et autres équipements, comme par exemple, les dameuses dans les stations de ski. Nous comptons plus de 600 clients professionnels HVO100 en 2024 répartis sur l’ensemble du territoire français.
Depuis cet été à La Mède, nous produisons également du SAF pour alimenter notamment l’aéroport Marseille-Provence. TotalEnergies a également décidé d’investir 500 millions d’euros pour transformer sa raffinerie de Grandpuits en Île-de-France, en plateforme zéro pétrole comprenant notamment une bioraffinerie d’une capacité de production de 230 000 tonnes par an de SAF qui entrera en production en 2026 et une unité de recyclage chimique de plastiques.

© TotalEnergies
Comment est-ce que TotalEnergies accompagne la stratégie de décarbonation de la France ?
I.P. : En France, nous nous sommes engagés à réduire de moitié les émissions de CO2 de nos sites de raffinage et pétrochimie à horizon 2030 par rapport à 2015. Nos sites ont par ailleurs déjà réduit de plus 40 % leurs émissions de CO2 entre 2015 et 2023. Afin de poursuivre dans cette dynamique de décarbonation nous souhaitons décarboner l’hydrogène utilisé dans nos raffineries et bioraffineries françaises, nous allons ainsi remplacer le gaz naturel consommé par nos raffineries en France et en Europe par de l’hydrogène vert ou bas carbone.
Nous réduisons aussi les émissions de nos sites industriels grâce à l’électrification de nos installations, l’électricité renouvelable et l’amélioration de l’efficacité énergétique avec plus de 150 millions d’euros investis. Les efforts seront poursuivis après 2025 grâce aux investissements permettant de maintenir l’amélioration continue de l’efficacité énergétique de nos sites industriels.

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L’IA générative transforme nos industries et nos entreprises. Où en est TotalEnergies ?
I.P. : Tout ce que nous faisons en matière de technologie, et notamment d’IA, s’inscrit dans deux grands axes d’application que sont l’optimisation des activités industrielles, avec l’efficacité opérationnelle, la sécurité et la durabilité, et le développement des énergies renouvelables, où les données et l’IA sont essentielles à notre performance au quotidien. Mais ce n’est pas une tendance nouvelle, depuis les années 1980 déjà, nous avons investi dans des technologies, comme les supercalculateurs. En 2015, nous avons pris le virage du big data ce qui a donné naissance par la suite à notre Digital factory en 2020, dont la mission est de développer des solutions numériques nécessaires à la Compagnie pour améliorer ses opérations au quotidien. Aujourd’hui, nous entrons dans une nouvelle phase, avec des programmes stratégiques axés sur la digitalisation de l’industrie, les technologies numériques et la modélisation des problématiques liées à l’électricité. Et ces programmes ont des applications très concrètes sur notre territoire français. À Montpellier par exemple, nous avons notre centre de contrôle pour suivre en temps réel les données d’activités de tous les sites de production d’électricité renouvelable de TotalEnergies en France, solaire ou d’origine éolienne.






