En janvier 2025, la Pologne prendra la présidence tournante du Conseil de l’UE et aura à ce titre pour tâche de démarrer les discussions sur les projets clés du nouveau mandat européen, notamment en matière d’action climatique et de développement industriel.
Alors que la Pologne est à ce jour le quatrième plus grand émetteur de l’UE et accueille sur son territoire la centrale à charbon de Bełchatów, la plus grosse émettrice de CO2 de l’Union, il semble facile de l’assimiler à un chantre du business as usual opposée à toute avancée vers la neutralité climatique.
Ce serait se méprendre sur la réalité d’un pays qui, tout en ayant un ancrage historique fort dans les énergies fossiles, est prêt à trouver dans l’effort de transition énergétique les clés de son renouvellement économique et industriel.
La politique énergétique de la Pologne sur l’échiquier européen
Entre son appartenance à l’Union européenne depuis 2004, sa proximité géographique avec la Russie et un paysage politique national fortement polarisé, l’ouverture de la Pologne aux enjeux de la transition énergétique est progressive et parfois contrariée.
Changement de pied face aux initiatives énergie-climat européennes
Sous le gouvernement du Premier ministre Mateusz Morawiecki (PiS) de 2017 à 2023, la Pologne a fait partie des États membres les plus réticents à la mise en place du Pacte vert pour l’Europe, initiant quatre procédures judiciaires à l’encontre de l’Union pour s’opposer notamment à la mise en œuvre du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières et à la fin de la vente des véhicules thermiques neufs en 2035.
L’arrivée fin 2023 du nouveau gouvernement de la Civic Coalition mené par Donald Tusk, ancien président du Conseil européen et ancien président du PPE, a mis fin à ces démarches et amorcé une réouverture à l’effort de transition énergétique. Les premières semaines de ce nouveau gouvernement ont été marquées par les déclarations de la ministre du Climat et de l’Environnement se faisant la porte-parole d’une Pologne « prête à intensifier ses efforts climatiques ».
Ces orientations ont continué d’être appuyées au cours de la première année au pouvoir du gouvernement, notamment par Donald Tusk lui-même, mais le lancement de la nouvelle mandature européenne et des projets législatifs qui lui seront associés constituera un test grandeur nature de la volonté politique polonaise à cet égard.
Une recherche précoce d’indépendance vis-à-vis du fournisseur russe
La politique de la Pologne face à son voisin russe s’est en revanche continuellement inscrite dans une recherche d’indépendance et de diversification de ses fournisseurs énergétiques.
Dès 2014, bien avant le démarrage de la guerre en Ukraine, la Pologne a initié une prise de distance vis-à-vis du fournisseur russe dont elle était historiquement très dépendante pour son approvisionnement en gaz et pétrole. Elle a ainsi réduit de 14 % ses importations de gaz russe entre 2014 et 2021 – quand l’UE dans son ensemble les a accrues de 37 % sur la même période – et de 20 % ses importations de pétrole russe entre 2014 et 2022.
Cette prise de distance précoce a cependant été questionnée par le premier ministre hongrois Viktor Orban, accusant la compagnie polonaise Orlen de continuer à alimenter le pays en pétrole russe, via sa filiale tchèque Unipetrol.
La Pologne en transition
Malgré des hésitations et des changements de direction dans sa stratégie de transition énergétique, la Pologne progresse dans la production d’énergie décarbonée, renouvelable et nucléaire en s’associant avec des partenaires dont certains sont européens et d’autres issus de pays tiers.
La poursuite du déploiement des renouvelables
Si la production du charbon représentait en 2023 encore 60 % de la production énergétique polonaise, la production d’énergie provenant de sources renouvelables a continuellement progressé passant de 11,5 % à 17 % entre 2013 et 2022. La bioénergie est la première source d’énergie renouvelable produite en Pologne. La production d’électricité renouvelable est quant à elle majoritairement issue de l’éolien qui représente 14 % de la production énergétique domestique.
La poursuite du déploiement des capacités éoliennes, un temps entravée par la mise en place de règles plus contraignantes par le gouvernement Morawiecki, s’est trouvée facilitée par l’arrivée du gouvernement Tusk et l’allègement de ces contraintes. Un premier projet éolien offshore, Baltic Power, mené par la société Orlen, est actuellement en construction et devrait entrer en exploitation en 2026. Avec 76 turbines sur une surface de 130 km2, il sera l’un des parcs les plus vastes au monde.
Le lancement d’un programme nucléaire
Aux côtés de ces nouvelles capacités renouvelables, la Pologne prévoit de développer des capacités nucléaires et a annoncé en novembre 2022, le lancement d’un partenariat avec la société américaine Westinghouse pour la construction d’une première centrale, dont la mise en exploitation est prévue pour 2033. En fin d’année 2023, un nouvel accord a été signé, cette fois-ci avec la société coréenne Korea Hydro & Nuclear Power (KHNP), pour la construction d’une deuxième centrale.
La Pologne ambitionne également de déployer à grande échelle la technologie des petits réacteurs modulaires (SMR) et a annoncé en décembre 2023 le lancement d’un projet pour la construction de 24 réacteurs SMR dont la mise en service est prévue pour horizon 2030.

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1es filières de transition vues comme clé de la croissance économique
Consciente de l’opportunité que la transition énergétique pourrait représenter pour sa croissance économique et son secteur industriel, la Pologne se montre proactive dans le déploiement des nouvelles technologies de transition.
Le marché des pompes à chaleur en expansion
Dans le secteur du bâtiment, c’est la filière des pompes à chaleur (PAC) qui a bénéficié de programmes nationaux ambitieux pour le remplacement des équipements de chauffage fortement émetteurs comme le Clean Air Programme, lancé en 2018, et le My Heat Priority Programme, lancé en 2022, avec des enveloppes respectives de 22 milliards et de 133 millions d’euros. Cette stratégie a permis à la Pologne de connaître en 2022 la plus forte accélération du déploiement des PAC au sein de l’Union avec plus de 200 000 unités vendues, soit pratiquement autant qu’en Allemagne, dont la population est plus de deux fois plus importante.
Le premier producteur de batteries en Europe
La Pologne a également fortement développé la filière des batteries pour véhicules électriques sur son territoire, accueillant des usines exploitées par les Coréens LG Energy Solution et SK Nexilis, le Suédois Northvolt, le Chinois BYD et l’Allemand Mercedes-Benz. Ce déploiement a permis à la Pologne d’occuper, en 2022, le second rang mondial en termes de capacité de production de batteries, après la Chine. Les exportations polonaises de batteries pour véhicules électriques ont crû en proportion passant de 200 millions d’euros en 2017 à plus de 8 milliards d’euros en 2022.
Une filière de gestion du carbone en développement
Face au regain d’intérêt au niveau européen pour les technologies de gestion du carbone, la Pologne travaille au déploiement d’une infrastructure de captage, transport et stockage du CO2 sur son territoire.
Plusieurs projets ont ainsi été lancés entre 2021 et 2023 : le projet Poland – EU CCS Interconnector pour la construction d’une infrastructure de transport du CO2 vers la mer du Nord, le projet Go4ECOPlanet pour l’installation d’une solution de captage dans la cimenterie de Kujawy, le projet ECO2CEE pour la préparation de la construction d’un terminal maritime de transbordement de CO2 à Gdańsk et le projet CO2 Routes Across Europe pour la connexion de différents sites émetteurs de CO2 à des sites de stockage en Europe du Sud, Europe centrale et Europe de l’Est.






