Le Gouvernement a récemment présenté un plan d’action visant à produire un million de pompes à chaleur en France d’ici 2027 et de créer ainsi 47 000 nouveaux emplois. En publiant ce plan, il a démontré que les enjeux climatiques, économiques, réglementaires et de souveraineté industrielle pouvaient trouver leur place dans un plan clair mais ambitieux.
Mais il faut que les résultats soient au rendez-vous…
Rapidité et pragmatisme
Le plan doit en premier lieu être rapide à exécuter, avec des échéances courtes, tout en s’inscrivant dans une vision à long terme, mais avec pragmatisme, quitte à revenir sur certaines décisions qui pourraient s’avérer trop tranchées telles que celle sur les aides financières et la commande publique qui seraient fléchées, dès 2025, vers les pompes à chaleur produites en France ou en Europe. Ces mesures s’appuieront sur le règlement Européen Net Zero Industry Act qui devrait être publié en 2024. Les modalités n’en sont pas encore définies mais devraient prendre en compte le fait que l’industrie des pompes à chaleur se développe aux niveaux français et européen mais également au niveau mondial.
Derrière les sept mesures annoncées, on sent la volonté des pouvoirs publics d’accélérer la transformation du marché afin d’atteindre des objectifs ambitieux et de confirmer le leadership européen de la France en matière de pompes à chaleur, aussi bien sur le plan commercial qu’industriel. Si cette ambition, désormais devenue un engagement gouvernemental, se veut en faveur des produits « présentant les meilleures performances environnementales », dont les critères seront à définir, de préférence en collaboration avec le secteur, elle ne s’annonce pas comme un long fleuve tranquille. La récente révision du règlement F-Gas vient rebattre les cartes d’un marché européen qui avait déjà planifié son rythme de croisière et une sortie progressive des hydrofluorocarbures (HFC) pour certains secteurs. En plus d’une redynamisation industrielle, il faudra ainsi compter avec un bouleversement technologique incluant la montée en puissance des fluides à faible potentiel de réchauffement global (PRG) dont les réfrigérants naturels, qui deviendront obligatoires pour certaines catégories de produits à partir de 2032. Dans cette catégorie, le R290 – c’est-à-dire le propane – et autres fluides devront monter rapidement en puissance pour s’imposer à court terme sur un marché français où la liaison frigorique représente encore 75 % des ventes1. Les fluides à faible PRG devront donc, en seulement quelques années, passer d’une part minoritaire du marché – 6 % en 20231 – à une généralisation de l’offre pour devenir enfin un standard du marché. Cette nouvelle dynamique d’innovation s’accompagnera de transformations profondes du secteur et de ses métiers. Si celles-ci ont été prédites il y déjà longtemps, les différentes échéances sont juste devant nous et seul un élan collectif permettra d’y répondre.

L’enjeu du secteur tertiaire
Si ces transformations concernent au premier abord les acteurs qui font notre marché – installateurs, distributeurs, opérateurs de maintenance, bureaux d’études –, elles ouvrent également de nouvelles applications avec deux opportunités majeures pour la pompe à chaleur air-eau. Le marché du tertiaire, où les solutions « hydroniques » sont encore minoritaires, et le résidentiel collectif qui n’a plus d’autre choix que d’avancer avec son époque, notamment sur le parc existant.
Les applications commerciales, qui devraient être stimulées par le décret tertiaire, sont une première opportunité pour les pompes à chaleur qui répondent au pilier « équipements » du dispositif en favorisant le remplacement de systèmes existants par des solutions plus performantes et plus économes pour atteindre les objectifs.

Série M.
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Le résidentiel collectif : un levier décisif
En parallèle, le marché du résidentiel collectif se présente, dans une tout autre mesure, comme un levier décisif du marché de la pompe à chaleur. La France compte plus de 16 millions d’appartements dont environ deux tiers sont chauffés par des solutions individuelles2. Dans une logique d’efficacité pour un secteur où les exigences sont multiples, la pompe à chaleur air-eau collective, dite de grande capacité, apporte une solution face aux enjeux et contraintes du secteur.
La complexité de ce marché pourrait, à première vue, soulever quelques craintes. On peut notamment citer la multiplicité des acteurs, de la maîtrise d’ouvrage aux installateurs, en passant parfois par le vote couperet des conseils syndicaux et des assemblées générales de copropriété, les contraintes techniques en termes d’espace disponible ou encore certaines réglementations liées au positionnement des unités ou au niveau sonore. La troisième mesure du plan PAC du Gouvernement vise justement à simplifier les normes pour faciliter l’installation de pompes à chaleur dans l’habitat collectif. L’enjeu est considérable. En effet, la pompe à chaleur collective constitue un véritable atout pour le collectif, qu’il soit neuf ou existant, public ou privé. Tout d’abord en matière de décarbonation qui est un enjeu majeur puisque le bâtiment représentait 16 % des émissions de gaz à effet de serre en 20223. Ensuite en termes de performances, renforcées par des technologies de maintien de puissance, avec des systèmes capables d’atteindre des températures de départ d’eau de 75°C, même à basse température extérieure, et des coefficients d’efficacité énergétique saisonnière (SCOP) qui assurent des économies financières aux occupants. Côté réglementation, de nombreux efforts sont réalisés par les industriels pour offrir des solutions compactes, flexibles et modulaires, avec un niveau de pression sonore réduit et des technologies sûres et performantes. La pompe à chaleur dans le collectif affiche également une grande flexibilité, par sa capacité à s’intégrer, à s’adapter à différentes configurations et à fournir un double service chauffage et eau chaude sanitaire, renforcé par les propriétés des réfrigérants tels que le R290 qui permet un volume disponible plus important.
Le passage des solutions individuelles à la PAC collective devrait également générer une recentralisation des efforts, financiers et humains autour de la maintenance des parcs. Car la maintenance participe à cette vision de performance environnementale. Moins d’unités à contrôler, une meilleure accessibilité pour le personnel de maintenance, des systèmes toujours plus intelligents et nativement connectés renforcés par les services à distance comme la supervision en temps réel ou la maintenance préventive. Les impacts, en confort, en économies et donc en satisfaction, seront démultipliés sur le collectif où la finesse et la réactivité de la maintenance seront clés. Un marché potentiel significatif, des solutions efficientes, un concept éprouvé, un dispositif d’aide avantageux, tous les ingrédients sont réunis pour permettre à la pompe à chaleur air-eau de se démocratiser rapidement dans l’habitat collectif. Les objectifs ambitieux doivent accompagner toute la filière vers une montée en puissance des compétences, de l’innovation et de la confiance. Les réglementations doivent être accueillies comme des défis, des opportunités de surpasser les ambitions premières. Le collectif – en termes d’action et de marché –, conditionnera la réussite des engagements environnementaux et économiques. Alors rendez-vous en 2027 !
1. Source: PAC & Clim’Info, données cumulées de janvier à décembre 2023.
2. Source: Ceren – Données énergie 1990-2021.
3. Source: Haut Conseil pour le climat.






