Armor Battery Films, une filiale d’Armor Group, vient d’inaugurer une nouvelle usine à La Chevrolière (Loire-Atlantique). Que représente ce site pour le groupe ?
Hubert de Boisredon : C’est une étape majeure dans notre stratégie industrielle. Nous avons investi 37 millions d’euros, le plus gros investissement jamais réalisé en une fois pour notre groupe, dans une usine de 8 000 m² dédiée à la production de collecteurs de courant revêtus, des films ultraminces destinés à améliorer la performance et la sécurité des batteries.
Ce site, inauguré en septembre 2025, est le fruit de plusieurs décennies de savoir-faire dans l’enduction à grande vitesse de couches ultraminces sur films minces, que nous maîtrisons depuis longtemps pour nos rubans d’impression dédiés à la technologie du transfert thermique. Nous avons su adapter cette technologie à un secteur d’avenir : celui du stockage de l’énergie.
En ordre de grandeur, cette usine a une capacité de production annuelle d’environ 150 millions de mètres carrés de collecteurs de courant revêtus, de quoi équiper environ 800 000 véhicules électriques dotés de batteries de 50 kWh.
En quoi ces collecteurs de courant sont-ils innovants ?
H. de B. : Notre technologie repose sur des films métalliques de 6 à 10 microns d’épaisseur, en aluminium ou en cuivre, sur lesquels nous déposons un « primaire », c’est-à-dire une couche inférieure à un micron. Ce revêtement améliore considérablement la durabilité et la sécurité des batteries : meilleure adhérence de l’électrode, résistance accrue à la corrosion, densité énergétique plus élevée, et durée de vie prolongée de 20%. Nos lignes peuvent enduire les deux faces du film simultanément, à une vitesse pouvant atteindre 200 mètres par minute, grâce à un séchoir flottant sur coussin d’air unique au monde.
Quels marchés visez-vous avec cette technologie ?
H. de B. : Nous ne voulons pas dépendre d’un seul secteur. En premier lieu, la mobilité électrique est un marché clé, mais notre ambition va bien au-delà. Nos collecteurs intéressent déjà les secteurs du spatial, du militaire, du naval, mais aussi le stockage stationnaire et les data centers.
Cette diversification repose sur une offre très modulable : nous proposons une dizaine de formulations chimiques et plusieurs formats de laizes adaptées à chaque usage. Cette flexibilité fait notre force face à des concurrents souvent focalisés sur la production de masse.
Nous avons aujourd’hui plus de 50 clients actifs, en Europe et à l’international. Nous visons un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros d’ici 2035, avec 200 salariés dédiés à Armor Battery Films, contre 50 actuellement.
Quels sont vos prochains défis ?
H. de B. : Nous travaillons déjà sur la prochaine génération de collecteurs, utilisant des matériaux sans métaux et d’origine organique. C’est une voie prometteuse pour alléger l’impact environnemental des batteries. Notre ambition est claire : faire d’Armor Battery Films un acteur clé des technologies de stockage propre, tout en gardant nos racines à Nantes.






