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Croissance et décarbonation : les grands défis de GROUPE ATLANTIC

Par le

GROUPE ATLANTIC a dû affronter les conséquences de la crise sanitaire puis celles du conflit en Ukraine. Comment avez-vous vécu ces épreuves et quels sont les principaux atouts de GROUPE ATLANTIC pour faire face à ces crises ?

Damien Carroz : Né en 1968 en France, GROUPE ATLANTIC est devenu un leader européen du secteur HVAC (Heating, Ventilation, Air Conditioning), tout en préservant ses valeurs familiales et notamment sa vision du long terme. Nous sommes indépendants, libres de nos mouvements et confiants sur nos fondamentaux.

La crise sanitaire a mis en évidence le fait que notre activité répondait à des besoins fondamentaux de nos clients en apportant des solutions de bien-être dans les bâtiments résidentiels et tertiaires. Alors que le secteur tertiaire a été durement touché par cette crise sanitaire, le télétravail et la réduction des dépenses et des voyages ont amené les particuliers à « réinvestir » leur logement pour augmenter leur niveau de confort thermique, avec des solutions plus performantes, plus économiques et plus écologiques. L’année 2021 avec une progression de 23 % de notre CA (2,7 milliards d’euros) a ainsi compensé l’année 2020 qui avait mis en pause notre croissance. Ces épreuves successives ont été vécues en interne comme des stress tests qui nous ont rendus plus forts.

Mais les crises se succèdent et nous sommes encore loin de pouvoir évaluer toutes les conséquences du conflit ukrainien, notamment sur l’évolution du prix des énergies et des matières premières dont le secteur HVAC est très dépendant. Je remarque cependant que cette nouvelle crise va accélérer la décarbonation dans notre secteur du HVAC, décarbonation dont GROUPE ATLANTIC est un acteur majeur.

Le plan « RePower EU » de la Commission européenne et le plan Résilience économique et sociale du gouvernement français prévoient une accélération du déploiement des pompes à chaleur à la suite de ce conflit en Ukraine. Comment GROUPE ATLANTIC va-t-il faire face à cette croissance probable du marché ?

D. C. : Le conflit ukrainien a amené les autorités européennes et françaises à élaborer des plans visant à atténuer la dépendance au gaz russe. On projette à présent en Europe l’installation de 6,5 millions de pompes à chaleur (PAC) en 2030, soit 10 fois plus qu’en 2020, avec bien sûr une conséquence positive en matière de décarbonation. Les solutions à énergie renouvelable (EnR) dites thermodynamiques, c’est-à-dire les PAC air/eau, air/air, géothermiques et les chauffe-eau thermodynamiques, sont pour nous depuis longtemps une priorité. Plus de 60 millions d’euros sont investis cette année en R&D thermodynamique avec trois nouveaux centres techniques (France et UK) et le recrutement de 100 experts, soit une augmentation de 50 % de nos effectifs R&D. Plus de 50 millions d’euros sont également investis pour doubler la capacité de nos sites français produisant des solutions thermodynamiques. Nous nous préparons donc pour être au rendez-vous de ces plans ambitieux.

La révision en cours de la réglementation F-Gaz accélère l’interdiction des HFC et diminue drastiquement leur quota de CO2 à horizon 2030. Ce rythme est-il compatible avec celui du marché : évolution des produits et des compétences nécessaires à leur installation ?

D. C. : Le 5 avril 2022, la Commission européenne a présenté une proposition visant à réviser le règlement F-Gaz. Ce règlement a d’ores et déjà entrainé des évolutions significatives dans notre secteur, évolutions que nous avons accompagnées grâce à de forts investissements, avec des fluides frigorigènes à moindre « potentiel de réchauffement global » : abandon du R22 au profit du R410, puis passage au R32. Avec cette nouvelle proposition, la Commission européenne vise à économiser d’ici 2030 environ 10 fois plus d’émissions d’équivalent CO2 que ce que prévoit la législation actuelle. Cela représente une accélération considérable qui peut mettre en péril les ambitions de déploiement des PAC en Europe, conformément au plan « RepowerEU ».

La Commission propose en effet d’interdire l’usage du R32 pour les PAC monobloc dès 2025 et split inférieur à 12 kW dès 2027. Ce calendrier n’est pas compatible avec le rythme industriel : les composants compatibles avec les fluides alternatifs au R32 ne seront pas disponibles en nombre et en spécificité pour répondre aux différents besoins. Il nous parait donc essentiel de ne pas envoyer d’injonctions contradictoires et de ne pas brûler les étapes par une accélération des restrictions d’usage des HFC ou par leur interdiction trop rapide dans les pompes à chaleur.

Qui plus est, la proposition de la commission implique l’usage du propane dans les systèmes split, ce qui va à l’encontre des règlementations de sécurité actuelles. Cette contradiction amène à proscrire les PAC air/air, malgré leur efficacité énergétique et leur rôle dans le confort d’été.

La France, premier marché de la PAC en Europe a sur ce sujet un rôle majeur à jouer et une voix à faire entendre au sein des instances européennes pour préserver son leadership européen et celui de son industrie.

Le projet de taxe carbone aux frontières actuellement en discussion à Bruxelles est-il selon vous un atout ou un handicap pour la réindustrialisation de la France, à laquelle le GROUPE ATLANTIC a toujours pris sa part ?

D. C. : Nous investissons fortement sur le plan industriel en France et en Europe pour répondre aux enjeux de la décarbonation. Notre principe fondamental est de produire à proximité de nos marchés pour être le plus réactif possible à la demande de nos clients. La France représente un peu plus de 50 % de notre chiffre d’affaires et la même proportion de nos usines : 15 sur 31 dans le monde. Nous venons d’inaugurer une nouvelle usine à Boz (01) ; en avril 2021, une deuxième ligne de production de chauffe-eau permettant de doubler la production a été lancée dans notre usine de La Roche-sur-Yon pour un investissement de 25 millions d’euros.

Nous avons également fait le choix, bien avant la pénurie actuelle de semi-conducteurs, de développer à La Roche-sur-Yon nos capacités de production d’éléments stratégiques comme les cartes électroniques. En 2022, nous prévoyons une augmentation de 30 % de nos capacités de production de cartes électroniques.

Le projet de taxe carbone aux frontières sur les matières premières importées hors d’Europe, notamment l’acier et l’aluminium qui représentent une part importante du coût de nos produits, est un réel danger pour la compétitivité de notre production française et européenne. En effet, les produits finis importés hors de l’UE ne seront pas soumis à une taxation équivalente du carbone aux frontières. Ils deviendront donc relativement moins chers que les produits fabriqués dans l’UE, si la taxe carbone aux frontières se traduit par une hausse des coûts des matières premières en Europe. Il est donc impératif que la Commission complète le projet de taxe carbone aux frontières en y incluant les produits finis, pour assurer un jeu égal avec les producteurs hors Europe.

La Commission européenne propose également de fusionner les étiquettes énergie des PAC air/air et des radiateurs électriques. Que pensez-vous de cette étiquette unique ?

D. C. : Nous croyons beaucoup aux vertus des étiquettes énergie pour orienter les consommateurs, en conséquence nous ne trouvons pas pertinente cette proposition fusionnant les étiquettes des PAC air/air et des radiateurs électriques, deux catégories de produits qui sont loin d’être substituables, du fait notamment des contraintes d’intégration en intérieur et en extérieur pour la PAC air/air ; et dont les fonctions ne sont pas identiques – peut-on assimiler les fonctions de rafraîchissement à celles de sèche-serviette ? – et qui sont en fait très souvent tout simplement complémentaires, les PAC mono-split étant couramment associées à des radiateurs électriques.

Avec le nouveau projet d’étiquetage, le consommateur ne pourra plus faire la différence entre un radiateur moderne performant et un convecteur peu économe, tous classés G. A contrario, les PAC air/ air se retrouveront classées, quelles que soient leurs performances, tout en haut de l’échelle de l’étiquette énergie (en classe A ou B). Le risque dans les deux cas sera de réduire l’écart visible sur l’étiquette énergie entre deux produits de même technologie mais de performance environnementale différente. Une telle proposition de fusion des étiquettes énergie des PAC air/air et des radiateurs électriques serait donc contraire au besoin d’information détaillée des consommateurs et aux objectifs de réduction des consommations d’énergie de la Commission européenne.

Les objectifs de décarbonation des bâtiments en France et en Europe vont se faire notamment grâce à l’électrification des « usages chauffage et production d’ECS ». Dans les cas où il sera difficile techniquement ou économiquement d’installer une PAC, que préconisez- vous ?

D. C. : C’est l’occasion de rappeler l’importance du secteur HVAC qui est au coeur de la décarbonation des bâtiments. En effet près du tiers des émissions globales de CO2 provient des bâtiments, et principalement de leur système de chauffage – à air ou à eau –, de ventilation ou d’air conditionné. Conformément à notre raison d’être « transformer les énergies disponibles en bien-être durable », les solutions éco-efficientes, générant moins de consommation, représentent déjà 75 % de notre CA, dont 25 % en solutions EnR (PAC air/eau, eau/eau et air/air ; chauffe-eau thermodynamiques ; plafonds rayonnants, systèmes de rafraîchissement passifs ; radiateurs dynamiques…). À horizon 2030, nous visons un objectif de 50 % de notre CA en solutions EnR.

GROUPE ATLANTIC investit en France, Allemagne, Autriche et Suisse dans les chauffe-eau thermodynamiques, véritables green batteries permettant le stockage d’énergie électrique provenant notamment des énergies renouvelables intermittentes, sans présenter les inconvénients des batteries chimiques.

La PAC hybride est aussi une solution économique de décarbonation du chauffage et de la production d’eau chaude sanitaire (ECS) en bâtiment résidentiel. Les bénéfices sont triples. Tout d’abord, le coût d’investissement est moindre : en maison individuelle, il est de l’ordre d’une fois et demie moins élevé que celui d’une PAC toute électrique, et en collectif de l’ordre de deux fois. Ensuite, l’intégration dans le logement est facile, car les solutions hybrides permettent de conserver la puissance d’abonnement électrique existant et offrent un encombrement équivalent en cuisine à celui d’une chaudière gaz, sans l’impact d’un ballon ECS nécessaire avec une PAC électrique. Enfin, la réduction des émissions de CO2 est de 60 % par rapport à une chaudière gaz à condensation.

L’amélioration de la qualité de l’air intérieur est-elle un enjeu de développement majeur pour GROUPE ATLANTIC, et a-t-elle une contrepartie sur la consommation d’énergie ?

D. C. : La ventilation et la qualité de l’air intérieur représentent une autre de nos priorités. La pandémie a contribué à remettre en avant ce sujet sur lequel nous travaillons depuis déjà plusieurs années. Nous pensons qu’il ne faut pas opposer la qualité de l’air et l’efficacité énergétique des bâtiments comme cela est très souvent fait. Nous développons des solutions de ventilation qui n’impactent pas l’efficacité énergétique du bâtiment, basées sur la récupération des calories entre flux d’air entrant et sortant. En ce qui concerne l’épuration de l’air, nous venons de lancer une solution de purification qui filtre les particules fines et maîtrise les composants organiques volatiles et les risques infectieux. En complément d’une ventilation double flux, cette solution élimine 99,95 % des particules polluantes et des virus dans les espaces où elle est installée. Il nous semble important de faire évoluer la réglementation française sur la qualité de l’air dans les bâtiments en fonction des progrès technologiques et des usages. Cela se fait déjà dans nos pays voisins et sur ce point, la France est très en retard.

Lire aussi : Concilier qualité de l’air intérieur et performance énergétique des bâtiments : un enjeu de santé publique

Trouvez-vous en France les compétences nécessaires à votre croissance, et quels sont les arguments sur lesquels se fonde l’attractivité du GROUPE ATLANTIC ?

D. C. : Notre soutien à la filière du bâtiment est indispensable pour faire face aux enjeux de formation nécessaires au développement du marché notamment concernant les nouvelles technologies thermodynamiques. Ainsi, le métier de frigoristes est en très forte tension. GROUPE ATLANTIC dispose de 28 centres de formation en Europe (13 en France) qui reçoivent en moyenne plus de 10 000 professionnels par an.

En interne, nous peinons à recruter des développeurs logiciels, des ingénieurs en thermodynamique et logistique, du personnel de maintenance, des soudeurs… Nous sommes donc convaincus de l’importance de former les jeunes générations à nos métiers grâce à l’apprentissage. En France, nous accueillons en moyenne 100 apprentis/alternants par an, auxquels s’ajoutent 100 stagiaires. En 2020, 30 % ont signés un CDI à l’issue de leur période d’apprentissage. Également engagés dans l’insertion des jeunes, nous avons renouvelé et comptons intensifier notre partenariat avec « Nos quartiers ont du talent », en proposant des sessions de découverte de nos sites, des actions de tutorat, etc.

Pour attirer les talents, avec un objectif de près de 1 600 recrutements prévus en 2022 dont plus de 1 000 en France, sur un marché de l’emploi très tendu, nous devons mieux nous faire connaître notamment des jeunes diplômés en étant présents sur les forums étudiants, en renforçant notre visibilité sur les réseaux sociaux…

Notre activité répond à des enjeux vitaux : nous sommes un acteur majeur de la décarbonation dans le secteur du bâtiment et nous contribuons également au bien-être dans les bâtiments résidentiels et tertiaires.

Damien Carroz
Damien Carroz
membre du directoire de GROUPE ATLANTIC
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