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Economie circulaire – Comment l’UE entend-elle transformer nos modes de production et de consommation ?

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Au moment où la crise COVID-19 met en lumière la dépendance de l’Europe face à des pays tiers qui lui fournissent les matières premières et les produits nécessaires à son fonctionnement, il apparaît plus que jamais nécessaire de transformer notre économie pour reconstruire l’autonomie européenne. La mise en oeuvre des principes de l’économie circulaire apparaît comme l’une des clés de cette transformation, permettant à l’Union européenne de produire mieux tout en économisant ses ressources. Christophe Debien, président de l’Organisation for Climate and Circular Economy (OCCE), est venu nous partager son regard sur cette stratégie européenne pour l’économie circulaire et son analyse quant aux évolutions que nos modes de production et de consommation sont appelés à connaître.

Pour entamer cet atelier débat, dans un format en ligne adapté au contexte sanitaire actuel, notre président Brice Lalonde a rappelé l’importance de la question de l’économie circulaire qui est, pour lui, le nouvel horizon du développement durable. Il est ainsi essentiel de faire attention à ne pas gaspiller, à ne pas continuellement creuser le sol à la recherche de matières premières toujours plus rares. Il pose alors la question de la faisabilité de cette nouvelle forme de production et de consommation et surtout sa pertinence vis à vis des enjeux de décarbonation.

Notre invité du jour Christophe Debien revient tout d’abord sur le rôle et l’implication de l’OCCE dans le développement de l’économie circulaire en lien étroit avec l’ensemble des pays européens et les différents acteurs engagés pour le climat. Il souligne lui aussi l’ampleur prise par l’économie circulaire ces dernières années. La Commission Européenne a en effet adopté un plan d’action sur le sujet qui constitue un volet important du pacte vert dans le cadre d’une croissance durable pour l’Europe.

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Ce plan prévoit des mesures à mettre en œuvre tout au long du cycle de vie des produits afin de rendre notre économie plus adaptée à un avenir vert. Il entend aussi renforcer la compétitivité de nos entreprises tout en protégeant l’environnement et en donnant plus de droits aux consommateurs.

Aujourd’hui ce ne sont que 12% des matières et ressources qui sont réintroduites dans l’économie et bien trop de produits cessent de fonctionner rapidement sans pouvoir ni être réparés ni recyclés. C’est pour faire face à cette problématique que la Commission Européenne souhaite transformer les modes de fabrication, pour garantir que les ressources utilisées restent dans l’économie européenne autant que possible.

Le potentiel de transformation est gigantesque selon Christophe Debien mais le consommateur est encore trop peu sensibilisé non seulement au principe de l’économie circulaire mais aussi au terme lui-même d’économie circulaire. Selon une étude de l’OCCE, 65% des consommateurs associent le terme d’économie circulaire au blanchiment d’argent. Il y a donc un important travail de communication à faire qui est d’ailleurs déjà en cours et commence à porter ces fruits, notamment grâce à la récente « loi anti-gaspillage pour une économie circulaire ».

Un droit à la réparabilité est-il possible ?

L’enjeu de cette transformation des modes de production et consommation au niveau européen est de parvenir à avoir sur le marché des produits plus durables, plus faciles à réutiliser, à réparer et fabriqués avec plus de matières recyclées. Pour notre invité il faut aujourd’hui limiter autant que possible les usages uniques, l’obsolescence programmée et interdire la destruction des produits invendus. Il est impératif de donner en parallèle aux consommateurs le pouvoir de choisir, c’est à dire lui donner accès à des informations fiables sur la réparabilité et la durabilité du produit qu’il achète mais aussi lui donner un droit à la réparation.

C’est ce dernier point qui sera sans doute le plus complexe à mettre en place puisqu’il oblige les entreprises à changer de business model, à changer leur mode de fonctionnement et de production mais cette transformation doit se faire pas à pas avec l’accompagnement des pouvoirs publics nationaux.

La Commission Européenne a en effet le souhait de réaliser des projets de loi liés à cette question. Il existe aujourd’hui un indice de réparabilité mais chaque pays de l’Union Européenne fait ce qu’il souhaite et il n’y a donc aucune entente sur cet indice. Il est indispensable que l’Europe en impose un commun car ce droit à la réparation est, pour l’OCCE, tout à fait possible à mettre en oeuvre à condition d’avoir un cadre législatif harmonisé.

Vers le zéro déchet ?

L’autre point important du plan de la Commission Européenne est sans doute l’objectif du zéro déchet, avec l’ambition de transformer nos déchets en ressources secondaires de grande qualité et de créer un véritable marché fonctionnel permettant de réintroduire ces ressources dans l’économie européenne. Une des premières étapes serait alors sans doute d’envisager la mise en place d’un modèle standardisé et harmonisé à l’échelle européenne pour la collecte sélective et l’étiquetage des déchets et surtout réduire au maximum l’exportation de nos déchets.

Pour conclure, Christophe Debien met en avant le fait que l’économie circulaire est très liée au climat et à la biodiversité car une grande partie des dégâts sur l’environnement se fait au niveau de l’extraction et de la transformation des ressources. Ainsi, le développement de l’économie circulaire en Europe est une condition préalable et indispensable à la réalisation de l’objectif de neutralité carbone en 2050 que s’est donné le Parlement Européen.

Le mot du président

Traditionnellement l’économie associe la productivité au travail mais les choses sont en train d’évoluer et l’économie circulaire montre bien que la productivité vient aussi des ressources. Brice Lalonde rappelle toutefois que si ce système de production et de consommation peut s’avérer vertueux en incitant à la sobriété, il peut également avoir l’effet inverse et pousser à la consommation puisqu’il y a moins d’impact sur le climat. Il faut donc rester vigilant et faire les bons choix.

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