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Comment réindustrialiser les territoires ?

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Les territoires sont une source majeure d’innovation et ce sont aussi les premiers concernés par la transition écologique. C’est pourquoi les pouvoirs publics ont mobilisé à travers les programmes Territoires d’industrie (Bercy CGET) et Territoires de transition écologique (MTES) un ensemble de moyens et de mesures visant à faire coïncider réindustralisation et transition écologique. Cet Atelier-Débat a été l’occasion d’échanger à ce sujet avec Olivier Lluansi, Délégué aux Territoires d’industrie auprès du Ministre de l’économie et des finances et de la Ministre de la cohésion des territoires, sur la mise en œuvre des politiques publiques, les différents blocages et marges de progression.

Le Secrétaire Général d’EdEn Gilles Rogers-Boutbien ouvre cet atelier en rappelant que la France est un des bons élèves en matière de décarbonation en Europe, mais aussi dans le monde, grâce à l’importance de l’électricité décarbonée produite localement dans son mix énergétique. Cette position est malheureusement aussi due à la baisse des émissions de CO2 et de la consommation du fait de la désindustrialisation qu’a connue le pays. Si aujourd’hui la réindustrialisation est indispensable pour l’emploi sur les territoires et la croissance de l’économie il faut qu’elle se fasse sans recarbonation.

Lire aussi : C’est aux territoires d’inventer leur avenir écologique

Olivier Lluansi entame son intervention par un rapide historique de la désindustrialisation en France, importante pour mieux comprendre les enjeux actuels. Tout commence au milieu des années 70 avec le choc pétrolier qui aboutit à une désindutrialisation progressive mais massive jusqu’aux années 90. C’est à ce moment-là que la DATAR se rend en effet compte des conséquences dramatiques de ce phénomène pour de nombreux territoires français. Au début des années 2000 sont lancés les pôles de compétitivité pour tenter de remédier à cette désindustrialisation avec la labellisation des 70 candidatures sous la présidence de Nicolas Sarkozy mais la logique macro-économique de métropolisation / financiarisation continue parallèlement.

Les États Généraux de l’Industrie tenus en 2009 ont enfin permis une prise de conscience plus global du problème de désindustrialisation et une réindustrialisation progressive s’est mise en place sans toutefois qu’une question majeure n’ait de réponse : A quoi sert l’industrie dans la France du 21e siècle ? Pour Olivier Lluansi, avoir une réponse à cette question est indispensable pour développer une cohérence globale qu’il espère voir émerger avec le pacte productif prévu pour la fin d’année.

Les Territoires d’Industrie

Pour mieux comprendre les enjeux et la dynamique actuelle de la réindustrialisation, notre invité prend un exemple qu’il connait bien : l’initiative Territoire d’Industrie. C’est une initiative publique qui labellise et aide les territoires porteurs de projets de réindustrialisation. Malgré les 124 labellisations de départ, quelques oublis ont fait rapidement comprendre que l’État central ne connaissait pas bien la réalité des territoires et l’ouverture des candidatures a permis d’en labelliser 20 supplémentaires.

Cette initiative n’étant pas qu’une labellisation, les territoires choisis doivent nommer 2 référents (un élu et un industriel) afin de proposer une stratégie et des projets pour favoriser la réindustrialisation. La présence de leader sur un territoire est un atout clé pour la réussite du projet, bien plus que les infrastructures disponibles alors que c’est sur ce critère que sont par exemple basées les aides FEDER.

La labellisation de 144 territoires montre bien l’envie des acteurs locaux de se réapproprier leur destin et la fin de la croyance au ruissellement des richesses produites dans les métropoles. L’industrie recommence à intéresser car il n’y a que peu de solutions pour créer de la richesse sur de nombreux territoires. Il est aussi intéressant de voir que beaucoup de projets matures se font autour de la transition énergétique montrant bien une complémentarité avec les nécessités de développement de l’outil productif. C’est dans cette optique qu’un rapprochement entre les contrats de territoire d’industrie et les contrats de transition énergétique est en cours de réflexion.

A côté du succès de cette initiative, de nombreux problèmes font obstacle aux efforts de réindustrialisation. C’est en premier lieu le cas du manque d’attractivité des villes moyennes ainsi que des métiers de l’industrie et donc une difficulté importante à recruter. Olivier Lluansi prend l’exemple de Lyon métropole où pour 15 000 offres d’emplois dans l’industrie il n’y a eu que 10 000 candidaturesf ! Ce manque d’attractivité n’est aussi en rien aidé par l’absence de compétence d’ingénierie de projet dans certains territoires qui n’ont pas les moyens de créer des postes pour le pilotage d’initiatives comme Territoires d’industrie.

Quel avenir pour l’industrie du 21e siècle ?

Se pose tout d’abord la question de la définition de l’industrie d’aujourd’hui qui ne correspond plus à celle du milieu du 20e siècle. Pour Olivier Lluansi elle se définit par ses savoirs-faire, plus que par ses produits manufacturés, avec une recherche continue d’efficacité économique.

Cette définition permet de mieux prendre en compte les transformations actuelles de ce secteur notamment avec l’intégration de plus en plus importante des services. C’est ce qui peut amener à parler parfois d’industrie de services et, même si cette évolution n’est pas encore mûre, elle est pour notre invité l’évolution nécessaire du secteur secondaire pour faire face aux problèmes de compétitivité et s’intégrer à la fois mieux dans la mondialisation et dans les problématiques de transition énergétique.

Si le modèle de la mondialisation métropolitaine française est rejetée, les territoires ne rejette pas la mondialisation en elle-même et celle-ci peut leur être très utile dans une optique de combinaison manufacture-service. Une ville moyenne peut ainsi aujourd’hui être le centre du monde dans une spécialité, lui donnant un ancrage, une identité (différentiation), tout en restant éloigné du spectre mono-industrielle (spécialisation).

Un mix industrie-service de 50-50 serait pour Olivier Lluansi l’équilibre à atteindre pour permettre le redéveloppement de l’industrie en France sans pour autant devoir transformer tout le secteur vers une gamme supérieure comme le préconisait le rapport Gallois de 2012. Une transformation qui serait d’autant plus en adéquation avec les capacités d’innovation française et le développement d’une industrie liée à la transition énergétique et écologique.

Lire aussi : Peut-on parler de territoires à énergie positive ?

Le mot du Président

Le président d’EdEn Brice Lalonde remercie vivement Olivier Lluansi et trouve encourageant le côté très pragmatique de sa démarche en allant directement voir les gens pour développer des solutions en prenant en compte les besoins locaux et spécifiques à chaque territoire. Il ajoute avoir toujours été agréablement surpris par les capacités industrielles du pays et ses leaders mondiaux dans des spécialités parfois insoupçonnées qu’il faut mettre en avant et encourager.

Il met néanmoins en garde face au modèle de déréglementation de la législation pour favoriser l’industrie comme c’est le cas en ce moment aux Etats-Unis et appelle à ce qu’effectivement, les industries françaises continuent de s’insérer dans les optiques de développement durable.

Ce qu’en pense EdEn

A l’instar d’Olivier Lluansi, Equilibre des Energies considère que la réindustrialisation est possible en France, et surtout qu’elle peut être verte, notamment en s’appuyant sur le vecteur électrique décarbonée.

Plus globalement sur la question des territoires où EdEn entend s’investir, nous retenons les propos d’Olivier Lluansi sur l’importance de la communication et de la coordination entre les différents acteurs.

Sans cela, des projets comme l’installation de bornes de recharge ou les programmes de rénovation qui impliquent les collectivités, les entreprises, les associations et tout simplement les Français, ne pourront pas émerger.

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