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La géopolitique dans le contexte de la transition énergétique, entre indépendance et dépendance pour les Etats

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Ligne de force de la géopolitique internationale depuis des siècles, les politiques visant à préserver l’indépendance énergétique connaissent-elles des ruptures dans le contexte de la transition énergétique ? Permettent-elles aux Etats de s’émanciper de leurs fournisseurs grâce à des productions locales et décentralisées créent-elles d’autres dépendances du fait des métaux et des technologies importés et des back-up pour compenser l’intermittence ? Nous avons reçu Olivier Appert le 2 juillet pour échanger sur les ruptures (et les continuités) engendrées dans le contexte énergétique actuel.

Atelier Olivier Appert

(De gauche à droite) Gilles Rogers-Boutbien, Brice Lalonde, Olivier Appert

Olivier Appert entame son propos en rappelant la valeur géopolitique des hydrocarbures tant sur le plan politique qu’économique, ce qui a pour conséquence directe de placer le Moyen-Orient (de la Russie à la péninsule arabique) sur le devant de la scène internationale. Au contraire, les États-Unis qui ont été pendant longtemps les premiers producteurs de pétrole ont perdu leur place de leader et ont dû employer d’autres moyens (diplomatiques, économiques et militaires) pour garder la main-mise sur la production d’hydrocarbure mondiale.

L’arrivée de plus en plus massive des hydrocarbures non conventionnels (gaz de schiste, sables bitumineux) a rebattu les cartes et a replacé les États-Unis en position de leader en terme de production, en plus de lui assurer son indépendance énergétique. Cette hégémonie retrouvée et le nouvel ordre économique poussé par le président américain Donald Trump, avec de nouvelles alliances et un refus du multilatéralisme, risque de changer beaucoup choses. En particulier, leur ambition de devenir le 1er exportateur de gaz naturel liquéfié dès 2025 peut se heurter à celle de la Russie de garder la main-mise sur son marché européen.

Ces tensions liés au gaz se sont renforcées en Europe à la suite de la crise entre la Russie et l’Ukraine puisque la société russe Gazprom souhaite désormais contourner l’Ukraine pour approvisionner l’Europe grâce au gazoduc Nord Stream 2 supporté par la France et l’Allemagne. Le projet n’étant pas encore terminé à cause d’oppositions de certains pays et d’un problème environnemental au large du Danemark l’approvisionnement de l’Europe dépend encore grandement de Nord Stream 1. Son contrat de transit via l’Ukraine prend toutefois fin en janvier 2020 et les négociations sont toujours au point mort ce qui risque donc de poser des problèmes d’approvisionnement dans un futur assez proche.

Cet accès aux ressources énergétiques est un des enjeux majeurs de la géopolitique actuelle et, pour Olivier Appert, il est le talon d’Achille de l’économie chinoise qui dépend des importants pour 68% de sa consommation pétrolière et pour 45% de celle de gaz. C’est pourquoi la Chine développe une politique active pour se garantir cet approvisionnement avec d’importants investissements dans des pays clé comme ceux de la péninsule arabique ou encore le Venezuela.

La transition énergétique fait aussi apparaître des défis géopolitiques nouveaux liés à cet accès aux ressources. Pour ce qui concerne les métaux dits critiques, indispensables dans la production des systèmes électriques renouvelables (panneaux solaires, turbines, batteries), S la Chine est en position de leader voire presque de monopole sur les Terres rares avec 80% de la production. Même pour le cobalt dont 64% est produit en République Démocratique du Congo, la Chine en contrôle la moitié de la production avec sa politique d’investissement.

Cette hégémonie chinoise se retrouve aussi sur les technologies renouvelables puisque actuellement c’est elle qui produit la grande majorité des panneaux solaires et turbines d’éoliennes notamment.

Quelles inflexions prendre pour améliorer la politique énergétique française ?

A cette question notre invité s’amuse à se demander si une politique énergétique a déjà existé en France puis propose son point de vue sur des évolutions souhaitables en trois points :

  • Tout d’abord un besoin de compter, c’est-à-dire connaitre les coûts à la tonne de CO2 pour permettre de prendre des décisions moins couteuse et plus efficace et donc faire des investissements rentables pour l’avenir en termes autant économiques qu’écologiques ;
  • Il est aussi nécessaire pour lui de mettre l’accent sur l’adaptation au changement climatique plutôt que de multiplier les taxes et les décisions pour réduire nos émissions déjà extrêmement basses et qui ne changeront rien à la situation mondiale. Mieux vaut donc investir dans la résilience, notamment de notre système énergétique ;
  • Mieux informer la population sur ces enjeux et en particulier sur le nucléaire pour lequel beaucoup de mésinformations circulent ce qui est dommageable.

Il regrette enfin que la France veuille donner des leçons au monde sur la politique énergétique alors qu’aux vues des enjeux géopolitiques, des besoins d’alliance et de la place presque inexistante de l’Europe sur ces sujets, il serait bon de faire preuve de plus de modestie.

Lire aussi : La stratégie énergie-climat est réalisable condition de lever un frein majeur : le coefficient de conversion de l’électricité en énergie primaire.

Le mot du président

Brice Lalonde remercie Olivier Appert pour son exposé clair et enrichissant sur des problématiques importantes pour la transition énergétique. Il ajoute toutefois que personne ne sait vraiment ce qu’est la transition énergétique et surtout où elle nous mène. Il regrette cependant un peu le pessimisme de cette géopolitique qui ne présente que des États et institutions sans parler des peuples dont les volontés de changement poussent aux réformes et aux changements face aux problèmes écologiques que ce en Europe ou même en Chine. Il rappelle enfin la place primordiale de l’eau comme ressource géopolitique et des tensions de plus en plus importante pour son accès et son approvisionnement.

Ce qu’en pense EdEn

Dans sa présentation, Olivier Appert a mis en exergue le fait que les énergies fossiles sont et resteront compétitives au niveau économique pour plusieurs décennies. Dans ce contexte, il nous apparaît essentiel de mettre en place une taxe carbone afin d’aider les Français à se désintoxiquer des énergies fossiles. Toutefois, attention à ne pas reproduire les erreurs du passé, cette taxe doit s’accompagner de mesures pour les ménages et les entreprises (prime à la conversion, aides à l’isolation ou à l’achat d’équipements performants qui fonctionnent aux énergies décarbonées, etc.). En particulier pour les déciles (parts de la population coupées en tranches de 10) les plus touchés par la taxe carbone, c’est-à-dire les deux déciles les plus modestes.

A ce propos, EdEn se félicite de la dernière initiative gouvernementale visant à faciliter l’achat de radiateurs performants au pilotage intelligent pour remplacer les grille-pain énergivores du siècle dernier, et cela tout particulièrement pour les plus modestes.

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