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La politique française du Bâtiment et des Transports sous le regard du Haut Conseil pour le climat

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A l’heure où le GIEC alerte sur les conséquences environnementales dévastatrices du réchauffement climatique, ce ne sont plus les mots qui comptent mais la mise en oeuvre effective de la transition écologique or les résultats de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) ne sont pas à la hauteur des ambitions françaises.

Depuis sa création fin 2018, c’est au Haut Conseil pour le climat (HCC) que revient la mission essentielle d’identifier ces décalages entre les objectifs affichés et la politique réellement menée. Corinne Le Quéré, Présidente du Haut Conseil pour le climat, était notre invitée le mercredi 13 novembre pour échanger sur les moyens déployés – et à déployer – pour remettre les secteurs du Bâtiment et de la Mobilité sur le chemin de la neutralité carbone.

Corinne Le Quéré rappelle pour commencer que le Haut Conseil pour le climat est une instance jeune dont le travail se fait en parallèle du développement de l’équipe. Son rôle est d’évaluer la Stratégie nationale bas-carbone du gouvernement par un rapport annuel et de faire des recommandations pour atteindre ses objectifs, mettant l’accent sur le fait que ce Haut Conseil évalue une stratégie mais ne la définit pas.

Pour son premier rapport remis en juin dernier, le Haut Conseil fait le constat d’une cohérence stratégique entre l’objectif de neutralité carbone en 2050 et ceux signés lors de l’Accord de Paris mais il note aussi que les émissions de Gaz à effet de serre bien qu’en baisse de 1,1% ne diminue pas autant que prévu (objectif de 1,9%). Il émet également les recommandations d’inclure les vols internationaux et d’éviter d’utiliser le système des crédits carbone pour parvenir aux objectifs.

Il y a surtout une urgence à comprendre ce qu’il se passe et pourquoi la trajectoire n’est pas suivie. C’est d’autant plus urgent que la baisse des émissions doit tripler d’ici 2025 selon la SNBC. Les secteurs du bâtiment et de la mobilité sont une nouvelle fois pointés du doigt.

Les transports n’ont ainsi pas connu la diminution des émissions de 2% attendue à cause d’une faible transformation des modes de déplacement et d’une électrification en dessous des prévisions. Pour les bâtiments, le Haut Conseil a noté cette fois une diminution de 2% mais elle est également plus basse que les 5% prévus. Les nombreuses rénovations ne livreraient pas les résultats escomptés ce qui pose la question de leur qualité et de leur ambition.

Lire aussi : Neutralité carbone : le consommateur et les émissions de CO2 doivent être au cœur de la future réglementation environnementale des bâtiments (RE 2020)

Le Haut Conseil pour le climat, une instance d’évaluation et au service du grand public

Le rapport annuel du Haut Conseil, remis pour la première fois en juin 2019 est considéré comme un succès, Corinne Le Quéré jugeant qu’il avait été bien reçu et compris par le gouvernement mais qu’il fallait maintenant attendre la réponse de celui-ci qui devrait être présentée en fin d’année devant le Parlement et le Conseil économique, social et environnemental. Il est aussi important pour elle que cette évaluation soit diffusée pour le grand public pour qu’il puisse également se saisir de ces questions et mieux en comprendre les enjeux.

Si la grande échéance à venir sera la remise du nouveau rapport en juin prochain, que la présidente du Haut Conseil souhaite plus détaillé, notamment pour mieux identifier les raisons des retards dans les secteurs des transports et du bâtiment, d’autres moment importants se profilent. Le programme de travail de l’instance est déjà bien rempli avec en premier lieu un cadrage plus approfondi des méthodes d’évaluation, une étude comparative avec d’autres pays sur le bâtiment et les systèmes de chauffage bas carbone, et une étude sur l’emprunte carbone des produits importés malgré les difficultés pour l’analyser.

Elle souhaite également que les questions d’adaptation au changement climatique soit incorporées car pour elle atténuation des émissions et adaptation doivent être abordées de façon systématique et transversale, l’une n’allant pas sans l’autre puisque réchauffement il y a déjà.

Puits de carbone, taxation et grandes orientations

Après son exposé, Corinne Le Quéré a répondu aux questions du public notamment pour préciser certains points évoqués. A propos des puits de carbone elle explique ainsi que comme tous les secteurs ne peuvent pas atteindre le zéro émissions, les puits de carbone sont nécessaires pour les compenser afin d’arriver à la neutralité. Elle met toutefois en garde car ces puits sont limités et ne peuvent pas être rapidement développés, il faut donc au maximum diminuer les émissions et non pas se contenter d’une compensation.

Elle rappelle également l’importance de la taxation sur le carbone pour inciter la transition énergétique mais reconnait qu’il y a des choses à changer, notamment de mieux expliquer la finalité de cette taxation, de rendre plus transparent l’utilisation des recettes engrangées et d’étudier plus en profondeur son problème d’acceptabilité dans la société.

Lire aussi : Brice Lalonde : « La taxation écologique est inéluctable »

Enfin, concernant les grandes orientations de la France en matière de lutte contre le changement climatique, elle salue l’objectif de neutralité carbone décidé par le gouvernement car il permet de forcer la transformation de l’ensemble des filières mais il va aussi falloir rester vigilant à ce que le gouvernement prenne et applique des décisions politiques et financières qui soient cohérentes avec cet objectif.

Le Mot du Président

Le président Brice Lalonde remercie Corinne Le Quéré pour son exposé passionnant et qui donne de l’espoir car elle montre que les choses s’accélèrent, que les techniques sont là et qu’un certain nombre de pays s’y sont mis de façon sérieuse.

Il définit le Haut Conseil pour le Climat comme un œil qui regarde et surveille le gouvernement sur le long terme pour garder la priorité climatique au-dessus des changements gouvernementaux car comme il le rappelle, la priorité de lutte contre le changement climatique doit être la première des priorités et qu’elle touche et doit toucher toutes les autres.

Ce qu’en pense EdEn

EdEn rejoint totalement le Haut Conseil pour le Climat sur la nécessité d’accélérer la lutte contre le dérèglement climatique, en particulier au moment où le vote de la loi énergie-climat définit un nouvel objectif : la neutralité carbone à l’horizon 2050.

Pour notre association, il y a une certitude : l’atteinte de la neutralité carbone passera par un développement des usages de l’électricité, car elle est décarbonée et est amenée à le rester, couplée à l’émergence des énergies renouvelables thermiques (hydrogène, biogaz, etc.) et à la réduction des consommations.

EdEn sera ravi de pouvoir contribuer aux analyses du Haut Conseil pour le climat, en particulier dans le cadre de son rapport qui portera sur le Bâtiment et la Mobilité.

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