La COP 30 au Brésil devait être l’occasion de réaffirmer les engagements des Etats dans l’accord de Paris sur le climat avec notamment la mise à jour des contributions déterminées au niveau national (NDCs) pour 2035. L’Europe souhaitait y jouer un rôle majeur avec des positions très ambitieuses à la fois pour elle-même et pour l’action climatique mondiale.
Mais la sortie des États-Unis de l’accord de Paris et la situation géopolitique globale n’ont pas permis d’emmener les autres pays participants sur les objectifs ambitieux que l’Europe souhaitait faire adopter. Très peu d’États ont envoyé à la COP leurs nouvelles NDCs pour 2035. L’Europe elle-même a rencontré des difficultés à se fixer un objectif clair pour 2035, devant se contenter d’une « déclaration d’intention » sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre des Vingt-Sept à cet horizon. Cette déclaration fixe une fourchette de baisse des émissions comprise entre 66,25 % et 72,5 % par rapport à 1990. Un objectif qui reste à consolider ultérieurement en fonction de l’accord définitif sur l’objectif 2040, qui semble maintenant acquis à -90 % avec 5 % pouvant être compensés via des crédits carbone internationaux.
Avec de tels objectifs l’Europe entendait montrer l’exemple et inciter les autres pays à afficher des niveaux d’ambition similaires. Mais seuls un petit nombre d’États ont affiché des objectifs de réduction des émissions de GES pour 2035 comparables (voir tableau ci-contre).

Par contraste la Chine affiche, sans engagement formel, un objectif de réduction de ses émissions de 7 % à 10 % en 2035 par rapport à leur pic (probablement atteint en 2030). Sachant qu’elle vise à atteindre la neutralité carbone en 2060 et non en 2050. Les États-Unis n’ont pas fait de soumission, tout comme l’Inde qui s’est cependant engagée à le faire prochainement, sachant qu’elle ne vise pour sa part la neutralité carbone qu’en 2070.
La Colombie, a été le seul pays d’Amérique du Sud en dehors du Brésil à avoir pris un engagement pour 2035 à -151/-160 MtCO2eq.
L’Afrique du Sud fait partie des pays visant la neutralité carbone en 2050 et elle s’est engagée à réduire ses émissions de 320 à 380 MtCO2 en 2035.
Les autres pays de la zone Afrique qui ont pris des engagements de réduction de leurs émissions comme le Kenya ou le Nigeria se situent plutôt autour de -30 % à -35 %.
Une solidarité affichée
II est intéressant de voir par ailleurs la position de l’Éthiopie avec un objectif de -70,3 % pour 2035 qui comprend un seuil inconditionnel de -40,7 % s’appuyant les ressources nationales, le reste étant conditionné à l’aide internationale.
Ceci est conforme au principe du CBDR (Common But Diflerentiated Responsibility) qui veut que les pays développés, qui portent une responsabilité plus forte dans le réchauffement climatique, aillent plus vite et plus loin dans la réduction des émissions de GES, tout en aidant les pays en voie de développement à se décarboner. De ce point de vue au moins, la COP 30 aura marqué des progrès, le texte adopté soulignant la nécessité urgente pour les pays développés de mobiliser 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 au profit des pays en développement. Et de tripler les financements pour l’adaptation climatique d’ici 2035, par rapport à l’objectif annuel de 40 milliards pour 2025.
Aucune avancée sur la sortie des énergies fossiles
Mais le principal objectif de l’Europe était d’obtenir un accord sur la sortie progressive des énergies fossiles, principales causes du réchauffement climatique. Or, de ce point de vue, la COP 30 a été un échec. Aucun accord n’a été trouvé, même si le président de la COP a annoncé qu’il mènerait une « feuille de route » sur cette question et sur celle de la déforestation avec les pays volontaires, jusqu’à la prochaine COP.
Autre point négatif pour l’Europe, l’instauration d’un « dialogue » sur le commerce international, le texte indiquant « que les mesures prises pour lutter contre les changements climatiques, y compris les mesures unilatérales, ne devraient pas constituer un moyen de discrimination arbitraire ou injustifiable, ni une restriction déguisée au commerce interna-tional ». Même s’il n’est pas cité, il paraît clair que le système de taxe carbone à ses frontières (MACF) instauré par l’Union européenne est le premier visé par cette disposition.
Le pire a sans doute été évité. Car il n’y a pas eu de recul au cours de cette COP, les objectifs de l’accord de Paris étant maintenus. Il est même prévu de lancer « un accélérateur de mise en œuvre pour maintenir l’objectif de 1,5 °C ». Le multilatéralisme a aussi été préservé. Mais les résultats sont décevants. Même si toutes les contributions nationales soumises au cours de cette COP étaient mises en œuvre, les émissions mondiales de GES n’en seraient réduites que d’environ 12 % d’ici 2035 par rapport à 2019. Et plus généralement on resterait à un réchauffement d’au moins 2,3 à 2,5 °C d’ici la fin du siècle, bien supérieur à l’objectif de l’accord de Paris de rester en dessous de 2 °C.
De nouvelles alliances à créer
L’Europe n’a donc pas réussi à obtenir des engagements forts de cette COP et à engager d’autres États à suivre son exemple, bien qu’un nombre significatif de pays restent solidaires de l’accord de Paris. Elle est apparue plutôt isolée dans les négociations. Des coalitions se sont créées en dehors d’elle, voire en opposition par rapport à certaines de ses mesures.
L’Europe doit donc sans doute changer son approche de ces réunions internationales. En l’absence des États-Unis, il faut qu’elle se trouve de nouveaux alliés. Ce qui suppose de ne pas arriver dans les COPs avec une position forgée uniquement en interne entre les 27 pays membres de l’Union européenne mais discutée en amont avec d’autres pays et régions extérieurs à l’UE. Pour former des coalitions sur des objectifs peut être moins ambitieux de ceux du Pacte vert européen mais qui font quand même avancer la lutte contre le réchauffement climatique au niveau mondial. Ceci paraît nécessaire si l’Europe veut reprendre un certain leadership dans ces discussions internationales mais aussi ne pas fragiliser son industrie qui se trouve confrontée d’un côté aux coûts des exigences européennes et d’un autre côté à une compétition internationale qui ne suit pas les mêmes règles.






