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Safran : un acteur-clé de la décarbonation du secteur aérien

avion atterrissant
Publié le |

Safran est l’un des acteurs clés de la stratégie de décarbonation de l’aéronautique ? Quels sont les éléments de cette stratégie ?

Nathalie Stubler : La stratégie climatique de Safran s’inscrit dans la trajectoire définie par le secteur aé-rien visant « zéro émission carbone nette » pour l’aviation civile mondiale à l’horizon 2050. Cet objectif, adopté en 2022 par les États membres de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), place l’aéronautique au cœur de l’effort global pour tenir les engagements de l’Accord de Paris. Safran s’est engagé très tôt dans cette démarche collective, aux côtés de l’ensemble de la filière réunie au sein de l’Air Transport Action Group (ATAG).
Cette stratégie se structure selon trois axes : l’exemplarité sur nos opérations et la réduction des émissions de CO2 associées (scopes 1 et 2), l’adhésion de nos fournisseurs à notre démarche et la diminution des émissions générées par l’utilisation de nos produits (scope 3). Notre ambition : réduire de 42,5 % l’intensité carbone de nos produits en 2035 par rapport à 2018.
Début 2023, l’initiative Science Based Targets (SBTi) a validé ces objectifs, faisant de Safran l’un des premiers acteurs aéronautiques mondiaux à obtenir cette reconnaissance.

Le démonstrateur Rise. Photo prise au salon du Bourget.
© Adrien Daste/Safran

Quels sont les leviers pour décarboner l’aviation ?

N. S. : La décarbonation se fera tout d’abord grâce aux avancées technologiques. Notre feuille de route, claire et ambitieuse, repose sur trois volets : préparer les technologies pour les avions ultra-sobres de demain, électrifier la propulsion ainsi qu’un nombre croissant de fonctions à bord et faciliter le recours aux carburants d’aviation durables (CAD). Plus de 75 % de nos investissements en R&T autofinancée sont consacrés chaque année à l’amélioration de la performance environnementale de nos produits. C’est une réalité concrète et un effort massif.
Concrètement, le programme RISE (Revolutionary Innovation for Sustainable Engines), mené avec GE Aerospace, prépare la prochaine génération de moteurs pour les avions court et moyen-courriers. L’objectif est de réduire la consommation de carburant de plus de 20 % par rapport au moteur LEAP (déjà 15 à 20 % plus efficace que son prédécesseur, le CFM56).
L’allègement des avions est aussi un levier majeur pour réduire les émissions : un avion plus léger consomme moins.
Nos recherches sur tous les types de matériaux et procédés sont un atout pour alléger moteurs, nacelles, trains d’atterrissage, câblages et aménagements intérieurs. Nous disposons de plusieurs leviers : un centre d’excellence en fabrication additive pour des pièces complexes, l’application de composites organiques à de grandes pièces structurelles (pales de souffiante, tiges de frein, accoudoirs), et l’utilisation de composites céramiques pour les environnements thermiques exigeants, offrant une alternative plus légère aux pièces métalliques.

Le développement des carburants d’aviation durables (CAD) est le principal levier de la décarbonation du secteur aérien. Vos moteurs sont-ils prêts pour cette mutation ?

N. S. : Le déploiement des CAD est un impératif dans tous les scénarios de décarbonation. Nos moteurs actuels sont certifiés pour une incorporation jusqu’à 50 % de CAD. En tant que motoriste et équipementier du système carburant, Safran s’engage avec ses partenaires à lever toutes les barrières techniques pour permettre une utilisation jusqu’à 100 % de CAD sur les moteurs actuels et futurs.
De plus, nous soutenons activement le développement d’une filière de production de CAD. À travers Safran Corporate Ventures, nous investissons dans des sociétés afin de lever les verrous technologiques nécessaires. Safran a également contribué à la création de l’Alliance européenne des carburants renouvelables et à faible émission de carbone (RLCF – Renewable and Low Carbon Fuels Alliance), Cette alliance, qui rassemble plus de 250 membres de toute la chaîne de valeur, vise à stimuler les investissements européens dans de nouvelles unités de production.

Où en est le développement des motorisations alternatives, notamment hydrogène et électriques ?

N. S. : Outre les avancées en matière de propulsion, d’allègement et d’adoption des CAD, nous exploitons notre portefeuille de technologies électriques éprouvées pour équiper la dernière génération d’avions et préparer l’aviation de demain. Grâce à l’acquisition des activités électriques de Goodrich, Zodiac et Thales, Safran a développé toutes les compétences en ingénierie et fabrication électriques, occupant une position unique pour accompagner les concepts d’avions plus électriques.
La nouveauté réside dans le potentiel de l’électricité pour des fonctions propulsives (hybride-électrique ou tout électrique) et non plus seulement pour l’énergie non propulsive à bord. Le démonstrateur RISE comporte un système hybride-électrique.
Notre architecture électrique haute tension équipe aussi le démonstrateur Ecopulse, qui a volé en 2024 avec six moteurs électriques ENGINeUS. Nous sommes fiers de la certification complète de notre moteur ENGINeUS 100, obtenue auprès de l’EASA en février 2025 : une première mondiale pour un moteur électrique apte à propulser un avion. Cela ouvre la voie à des applications étendues des machines électriques dans l’aviation commerciale pour des fonctions critiques, dans le respect des plus hautes normes de sécurité.
Safran se distingue en tant que leader dans le domaine des architectures hybrides ou tout-électriques grâce à son expertise dans l’ensemble de la chaîne énergétique de l’aéronef.
Concernant la propulsion hydrogène, nous avons mené des essais au sol d’une turbine à gaz alimentée par hydrogène liquide dans le cadre du projet BeautHyFuel, avec TurboTech et Air Liquide. Nous poursuivons également des travaux sur les piles à combustible (membranes, cellules, etc.).

Moteur électrique ENGINeUS.
© Cyril Abad – CAPA Pictures – Safran

Trouvez-vous, en France en particulier, toutes les ressources humaines et toutes les compétences qui vous sont nécessaires ?

N. S. : Safran s’appuie sur les 100 000 collaboratrices et collaborateurs qui composent le Groupe dans le monde, dont la moitié en France, unis par un esprit d’équipe hors pair, une passion pour relever les défis et une volonté d’écrire un nouveau chapitre de l’épopée aéronautique. Ils sont des acteurs clés de la décarbonation.
Pour les accompagner dans cette transition, Safran mène une politique de ressources humaines volontariste et se fixe pour objectif d’être un employeur exemplaire au travers de trois engagements : garantir la santé et la sécurité de ses collaborateurs, poursuivre le développement des compétences, promouvoir l’inclusion et la diversité.
La formation joue notamment un rôle crucial pour renforcer l’engagement et l’employabilité des collaborateurs. Le groupe s’efforce de proposer des formations adaptées aux parcours et aspirations de chacun, ainsi qu’aux besoins stratégiques de l’entreprise. En complément des formations métiers, la plateforme Sustainability Academy a été mise en libre accès, permettant aux collaborateurs de s’acculturer aux enjeux du développement durable, avec plus de 200 contenus sur le climat, l’environnement, l’économie circulaire, la RSE ou des parcours spécifiques à chaque métier.

Nathalie Stubler
Nathalie Stubler
Chief Sustainability Officer, Safran
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